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La mégère apprivoisée.
Avec sa flopée d'Oscars, son couple vedette mythique, son Technicolor rutilant, sa reconstitution qui envoie du bois, sa durée digne d'un feuilleton de l'été, "Autant en emporte le vent" est...
le 20 août 2014
On range souvent le film dans le rayon poussiéreux des classiques vieillots du 7ème art, mais Autant en emporte le vent s’avère être une œuvre plus audacieuse qu’il n’y paraît. Pour une production de cette envergure et de cette époque, offrir le rôle-titre à une femme, jouant une héroïne aussi antipathique qui plus est, tenait presque du suicide commercial. Et pourtant, Vivien Leigh délivre une interprétation venimeuse qui parvient à nous fasciner pendant 4h.
Cette étude psychologique, d’une modernité presque avant-gardiste, s’éloigne considérablement de la figure traditionnelle de l’héroïne romantique éplorée. Scarlett n’est pas une poupée de cire dévorée par le regret, mais une créature de fer, indépendante et férocement arriviste, qui refuse de se laisser emmurer vivante dans les décombres de son propre monde. Elle n’est pas « gentille », elle incarne cette amoralité vitale nécessaire à la survie.
Face à l'acier de Scarlett, Clark Gable, alias l’homme le plus classe du monde, offre un contrepoint d’un cynisme savoureux. Son Rhett Butler est l’opportuniste lucide au grand coeur, dont le regard malicieux semble constamment juger la vanité de ses contemporains.
Ces fameux ciels de sang en Technicolor, irradiés par une photographie crépusculaire d'une beauté vénéneuse, ne sont pas de simples coquetteries esthétiques : ils sont le linceul flamboyant d'une civilisation qui s'achève dans l'embrasement. La musique de Steiner, avec ses envolées mélancoliques, agit comme un opium, nous faisant regretter un paradis que la raison nous commande de rejeter.
Certes, le traitement du Sud esclavagiste relève d’une bienveillance mythologique, un paradis perdu en carton-pâte où les chaînes sont invisibles. Mais là où une œuvre médiocre aurait sombré dans le mépris, celle-ci fait preuve d’une humanité qui désamorce quelque peu les caricatures inhérentes à son époque.
Le personnage de Mama, par exemple, s’impose par une présence tutélaire. Pour 1939, voir une actrice noire devenir le centre de gravité moral d’une telle fresque n’est pas seulement rare : c’est une transgression silencieuse qui vient bousculer les codes Hollywoodiens de l’époque.
Autant en emporte le vent demeure ce paradoxe fascinant : un monument à la gloire d’un monde moralement condamnable, servi par un génie formel qui, lui, est irréprochable.
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le 3 janv. 2026
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