Autofiction
5.3
Autofiction

Film de Pedro Almodóvar (2025)

Almodovar n’a aucun mal à délivrer son produit cannois annuel conforme.
J’imagine que sa sélection est quasiment automatique à ce stade.
Une dose d’exotisme.
Une dose de grand maître du cinéma vivant.

J’imagine même qu’il ne doit plus payer ses frais d’inscription et passer directement en sélection.

C’est un échange mutuel finalement.
Le festival a besoin d’Almodovar pour son image, son prestige, son côté intergénérationnel.
Et Almodovar a besoin du festival pour continuer d’exister comme grand événement culturel annuel.

Les vieux sont fous d’Almodovar d’ailleurs.
Ça doit être leur Mean Girls à eux.
Le petit bonbon nostalgique du cinéma d’auteur européen.

Et pourtant oui : Almodovar reste un génie vivant.
Mais aussi un peu vieux jeu.

Lui qui critiquait Netflix et son arrivée à Cannes produit maintenant des films avec une logique presque similaire : productivité, machine culturelle, rendez-vous annuel.

Alors le film en lui-même…
La musique.
Le jeu.
Les couleurs.
Les cadres désaxés.
Les intérieurs.

On est chez Almodovar immédiatement.

C’est sombre.
Envoûtant.
Doux.

Mais aussi un peu fade.

Son dernier film était beaucoup plus puissant je trouve.
Ici tout semble plus endormi.
Et bizarrement… c’est peut-être aussi la qualité du film.

Une forme de fadeur édulcorée dans un monde qui va trop vite, saturé d’images, de contenus, de stimulation permanente.

Ici les gens parlent.
Restent là.
S’écoutent.
Lentement.

Comme un long fleuve.

Almodovar paraît presque démodé aujourd’hui.
Et en même temps extrêmement actuel.

Dans un drôle de kitsch devenu sa signature.

Et puis c’est aussi une belle lettre ouverte à la créativité.
Au geste créatif.
À la nécessité de continuer à créer malgré le temps qui passe.

Pendant 1h51 j’ai eu l’impression d’être un homme de 70 ans réconforté devant un Almodovar.
Comme toute une génération de cinéphiles vieillissants venue retrouver quelque chose d’un ancien monde.

Un rythme lent.
Une douceur qui caresse la peau.
Des personnages tendus intérieurement.

Parce que chez Almodovar il y a toujours ça :
un poids psychologique.
Un trouble.
Une forme de suspense intérieur.

Les personnages ont toujours l’air accablés par leur passé.
Même quand ils restent calmes, neutres, retenus.
On dirait qu’ils sont constamment au bord du gouffre tout en restant debout.

Et ça, c’est profondément Almodovar.

Très autobiographique.
Très obsessionnel.

On a de la chance d’avoir encore un réalisateur d’un ancien monde qui continue à nourrir le nouveau.

Un jour il ne sera plus là.
Et on devra chérir chacun de ses films pour ce qu’ils ajoutent à son œuvre.

Ce n’est pas tous les jours qu’un réalisateur culte continue à proposer un cinéma encore vivant après autant d’années.

Comme quoi réalisateur ce n’est pas un métier de jeunot.

Et puis on comprend aussi complètement son fantasme récurrent :
les grands hommes maigres, élégants, juste ce qu'il faut de muscle, à la Banderas.


C'est aussi métaphysique.
Un peu bonbon aussi.

Et finalement…
Almodovar est peut-être devenu mon bonbon à moi aussi.

Je dois vous l’avouer.

BON FILM.

Une critique UNDERMAINSTREAM LAB.
Stiven Denizot.

onzeheureonze
7
Écrit par

Créée

le 20 mai 2026

Critique lue 20 fois

Stiven Denizot

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