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le 21 mai 2026
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Un nouvel Almodóvar est toujours un petit événement cinématographique sur la planète cinéphile. Le cinéaste est l’un des grands abonnés du Festival de Cannes, que ce soit Hors Compétition (La Mauvaise Education, qui faisait l’Ouverture en 2004, Strange Way of Life en Séance spéciale en 2023), bien sûr En Compétition avec Tout sur ma mère (Prix de la mise en scène en 1999), Volver en 2006 (Prix du scénario et prix d’interprétation féminine), Etreintes brisées en 2009, La Piel que habito deux ans plus tard, Julieta en 2016 puis Douleurs et Gloire en 2019, avec au passage un Prix d’interprétation pour Antonio Banderas. Autant dire que sa présence en Compétition cette année avec Autofiction n’est pas une grande surprise, et que cette sélection n’est pas forcément un gage de qualité – il y a des réalisateurs qui intègrent d’office la Compétition quel que soit la qualité de leur nouveau long métrage.
Crevons l’abcès tout de suite : je suis à deux doigts d’utiliser l’expression de « petit naufrage » pour qualifier Autofiction (Amarga Navidad pour le titre original). Le palmarès de cette édition cannoise 2026 sera rendu dans quelques jours, mais je ne crois pas prendre trop de risque en affirmant que la Palme n’est pas pour cette année, que le réalisateur espagnol devra patienter encore un peu avant de recevoir la distinction suprême.
On retrouve ici les principales thématiques qui sont chères au cinéaste. La douleur – celle du deuil d’un enfant par exemple – et la gloire – celle passée de cinéastes –, l’anxiété et la sororité. L’érotisme masculin également, notamment à travers le personnage de Bonifacio interprété par Patrick Criado, et d’une longue scène de striptease dans un cabaret madrilène. Mais toutes ces thématiques ressemblent à un melting pot mal agencé.
Pour parler de ses angoisses, Almodóvar imagine un récit enchâssé, une mise en abyme brouillonne. Raúl est un cinéaste connu, en panne d’inspiration : il n’a pas tourné depuis 5 ans et désespère de réaliser un nouveau film. Il est très demandé sur la scène internationale – il est invité pour des conférences, doit répondre à des journalistes, reçoit des propositions alléchantes des Emirats Arabes. Mais il travaille actuellement sur un nouveau scénario, en grande partie basé sur sa propre vie et celle de son entourage. Il imagine alors le personnage d’Elsa, elle-même réalisatrice « culte » - comprendre : qui a déjà réalisé deux films, cuisants échecs au box-office, mais disposant d’une petite base de fervents fans – en plein écriture de film. Qui plus est, Elsa s’inspire de sa propre vie pour écrire son film. Autofiction niveau un / Autofiction niveau deux…
Le niveau un, celui de Raúl, épaulé par son fidèle assistant Santi – là encore, tension sexuelle sous-jacente – ressemblerait à s’y méprendre à une coquille vide, sans la scène d’engueulade finale qui permet maladroitement de justifier sa présence au scénario.
Le niveau deux, celui d’Elsa, est un peu plus intéressant. C’est finalement là le cœur du film. Mais son personnage d’angoissée maladive n’est jamais attachant. Difficile de s’identifier à cette jeune femme en pleine dépression, qui dans la première moitié du film navigue entre maux de tête insoutenables, services d’urgences cliniques, et recherches désespérées de médocs contre les crises d’angoisse. Cette première partie est clairement la plus faible du film, d’autant que la mise en scène assez plate ne vient sublimer aucune séquence, et que la musique souligne inutilement chaque moments dramatiques.
Heureusement pour le spectateur, on semble retrouver un peu de notre Pedro Almodóvar préféré dans la deuxième moitié du film, lorsqu’Elsa en finit avec ses crises et qu’elle part s’isoler à Lanzarote, sur les conseils de sa psy. L’île des Canaries est tout particulièrement photogénique, et se prête davantage aux mises en scènes colorées auxquelles nous a habitué le cinéaste. Les paysages volcaniques et la route des laves, les domaines vinicoles de la Geria où chaque plan de vigne est protégé du vent par un petit muret conique, et les œuvres architecturales de César Manrique : le film nous propose un tour complet ou presque des attractions de l’île (et c’est plutôt adroitement intégré au scénario).
Il faut également saluer la très belle scène de la chanson de La Llorona, qui forme un petit moment de fulgurance particulièrement touchant et émouvant.
Côté casting, les acteurs et actrices s’en sortent bien. Bárbara Lennie qui interprète Elsa est convaincante et poursuit sa très belle carrière. Je l’avais adorée dans Los Tigres en début d’année, où elle interprétait sous la direction d’Alberto Rodríguez un scaphandrier portuaire, un monde particulièrement masculin. Après avec travaillé avec Asghar Farhadi (Everybody Knows) et Rodrigo Sorogoyen (El reino), elle ajoute désormais le nom d’Almodóvar à ses prestigieuses collaborations.
Quant à l’autre actrice qui forme le duo, Victoria Luengo qui incarne Patricia, elle était déjà présente dans La Chambre d’à côté, le précédent film et première incursion en langue anglaise du réalisateur. Notons d’ailleurs que l’actrice est également à l’affiche de l’autre film espagnol de la Compétition, l’Etre aimé de Rodrigo Sorogoyen, qu’elle retrouve après sa participation à la l'excellente série du cinéaste Antidisturbios.
Malgré quelques belles scènes et prestations d’actrices, Autofiction est loin des films majeurs qui ont fait le succès d’Almodóvar. La faute sans doute à un scénario mal construit et un peu brouillon (surtout dans sa première moitié). Le film laisse un arrière-gout d’inachevé, d’être incomplet, alors même que toutes les thématiques chères au cinéaste y sont incorporées.
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le 20 mai 2026
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