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A Cannes toujours cette année, avec Victoria Luengo encore, cette fois dans le rôle de la meilleure amie bousculée de la personnage (gigogne) principale incarnée par Barbara Lennie, le dernier opus de Pedro Almodovar pour déroutant qu'il soit, se pose là.
Le film a été reçu d'une manière un peu boudeuse, voire gênée par le public et la critique sur le thème "le vieux radote ", mais ce serait vraiment faire fi de la sophistication très singulière d'AUTOFICTION.
Certes, le Almodovar qu'on connait bien est entièrement là: les pianottis évanescents d'Alberto Iglesias, son style art-déco intérieure à la Mondrian, couleurs vives et étagères bardées de livres et des personnages qui se démènent entre vie amoureuse, affres de la création, pépins physiques, mort qui rôde et sa fameuse fibre mélo à la Douglas Sirk qui fait toujours verser son cinéma vers l'irréel.
Elsa est une réalisatrice en panne d'inspiration qui file le parfait amour avec son stripteaseur de pompier (dans les films d'Almodovar, les fantasmes sont aussi là pour qu'on s'en serve !). Prise de crises d'angoisses et de migraines terribles, elle décide de se lancer dans l'écriture d'un troisième film, file aux Canaries avec sa meilleure amie avec qui elle se fâche, puis avec une autre qui ne va pas bien du tout après la mort de son jeune fils.
Raul est un cinéaste reconnu qui écrit une nouvelle histoire sans trop savoir où cela va le mener: celle d'Elsa, cinéaste en panne d'inspiration qui file le parfait amour avec son stripteaseur etc... Raul vit avec un beau gosse plus jeune que lui, la meilleure amie de son impresario a tenté de mettre fin à ses jours après la mort de son fils unique...
Pedro raconte comment Raul écrit son nouveau scénario sur une cinéaste qui lui ressemble, et il faut admirer tout d'abord la fluidité des procédés employés ici pour faire glisser le film d'un niveau à l'autre. C'est Raul qui tape sur son clavier, des lettres qui s'inscrivent sur la pellicule et donnent les premières respirations de ce qu'Elsa va vivre, dans son univers de fiction.
Almodovar a déjà réalisé son autoportrait avec DOULEUR ET GLOIRE, ici c'est autre chose, il nous parle des affres de la création, et de comment sa vie et celles des autres infusent dans ses idées. Le film d'ailleurs ne s'achève pas, selon le principe sous-jacent que son travail de créateur continuera tant qu'il vivra. Work in progress... Le cinéaste effleure surtout des contrées peu explorées dans les oeuvres sur la création: celles de l'écrivain comme vampire de la vie des autres, piquant ça et là ce qui l'arrange pour irriguer son oeuvre.
C'est l'insistance de Santi, le compagnon de Raul, a vouloir lire toutes les ébauches de ce nouveau film, redoutant (espérant ?) s'y reconnaitre quelque part, ou la rage de Monica qui a vu le drame vécu par son amie repris tel quel, selon elle.
L'espèce de volte-face final, quand Raul comprend ce que cela révèle de ses proches, encore plus que ce que cela révèle sur lui, est à porter au rang des plus beaux vertiges provoqués par le cinéaste.
Cela m'a fait penser à un de mes livres-culte, le génial ADIOS SHEREHAZADE de Donald Westlake, dans lequel un écrivain de romans pornos décidait soudain d'écrire un livre qui lui tient à coeur, déclenchant l'hystérie et la colère dans sa famille et chez ses amis, qui pensent reconnaitre ici et là des détails obscènes de leurs propres vies.
Evidemment que cet Almodovar-là tape moins immédiatement dans l'oeil, mais sa sophistication cachée est la marque d'un cinéaste en pleine possession de son art, et qui n'a pas fini de s'amuser avec.
Créée
le 15 juin 2026
Critique lue 9 fois
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