Ava
4.4
Ava

Film de Tate Taylor (2020)

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Une tueuse à gages du nom d’Ava se retrouve désavouée par sa hiérarchie après que cette dernière ait découvert le comportement inapproprié qu’elle développe avec ses victimes (elle leur parle avant de les tuer, quitte à mettre en péril toute sa mission). Cette dernière doit alors fuir, tel Jason Bourne en plus rousse et avec un tour de nichons plus imposant que Matt Damon.


Ça avait très mal commencé pour moi, lorsque Netflix a diffusé la bande-annonce : c’était une de ses bandes annonces qui spoilent tout, laissant songeur le futur spectateur sur l’intérêt d’aller regarder le film une fois sorti.


Mais force est de constater qu’il y avait UN élément du film qu’il ne m’avait pas spoilé !


Et pour cause, c’était le moment le plus ennuyeux de tout le film : ses rapports avec sa famille !


Je ne plaisante pas : Ava a des problèmes avec sa famille, ça fait les trois quarts du film et c’était la seule chose que la bande-annonce n’avait pas spoilé. A raison, du reste ! Car, si on avait eu un aperçu de cette partie de l’histoire, le film n’aurait probablement jamais fait partie du top 10 des plus vus de Netflix.
Parce que, honnêtement… ce film est une merde.
Je comprends que les producteurs l’aient vendu à Netflix en cette période difficile parce que, vu tous les problèmes qu’ils avaient déjà rencontrés en prod’, ce film aurait fait un flop en salles !
Pour ceux qui ne le savent pas, le scénariste (et un temps réalisateur), Matthew Newton, a un lourd passif de violences conjugales (non, pas en tant que victime…), au point qu’en 2018, lorsque le film a été annoncé, plusieurs féministes ont vivement protesté contre Jessica Chastain et son désir de tourner avec lui alors qu’elle était pourtant une porte-parole du mouvement Metoo. Il a été donc été viré du projet et remplacé par Tate Taylor qui n’est pas un mauvais gars ou une brelle en réalisation mais qui n’était visiblement pas inspiré par le sujet.
ET JE LE COMPRENDS !
En regardant Ava, j’ai pensé à ces films sur des personnages féminins qui étaient sortis dans les années 2000 : vous savez Electra, Catwoman, etc. ? Une héroïne badass sur le papier, qui aurait dû permettre l’avènement des films d’action avec des personnages féminins et forts en protagonistes principaux, mais qui les avait à la place retardé d’une quinzaine d’années. Tout ça à cause de producteurs/réalisateurs/scénaristes un peu trop grivois qui se sont faits deux remarques en produisant ce genre de films : « femme forte et indépendante = femme sexy et qui bouge bien son cul comme il faut » et « qu’est-ce que pense/aime une femme ? ». Résultat : nous avions assisté à un spectacle désastreux au début des années 2000 où des héroïnes surcotées et sans charisme se trémoussaient pour deux ou trois cascades foireuses dans tout le film et qui passaient le reste du temps à avoir des états d’âme sans aucun intérêt (généralement avec un plan amoureux nullissime dans le tas) pendant que des méchants-vraiment-très-méchants complotaient dans l’ombre un plan-méchant-vraiment-très-méchant pour détruire l’héroïne. Honnêtement, je viens de vous résumer Ava
Parce qu’on a le droit à cinq meurtres dont quatre avec combat, dans tout le film, et le reste du temps on a Ava qui a envie de picoler comme avant (ex-alcoolique), qui se rappelle son passé douloureux en tant que jeune prodige droguée (parce qu’en plus c’est une junkie) que son père manipulait psychologiquement, qui doit s’occuper de sa mère distante mais fragilisée par un infarctus, qui a envie de se (re)taper son ex qui sort maintenant avec sa sœur, jeune musicienne et tout juste enceinte, tout en s’occupant des problèmes de dépendance au jeu de son ex, tout en essayant de surmonter la culpabilité d’avoir un jour envoyé à l’hosto trois personnes avec qui elle était quand elle a eu un accident de voiture (et qu’elle était sous l’emprise de ses addictions), MAIS qui doit aussi se remettre de son passé militaire et accepter ses capacités de tueuse mercenaire… bref, pleins de pistes de construction de personnage très intéressantes mais très inutiles dans ce film : on veut voir Jason Bourne au féminin cassé des gueules après s’être trouvée une moralité entre deux missions ! Même Electra, dans son film éponyme, était un peu moins chiante entre sa dépression post-résurrection et son histoire d’amour insipide avec un jeune veuf, qui faisait ressortir au passage ses envies de maternité !
Ava aurait été un film d’action avec un personnage principal féminin parfait dans les années 2000. Mais pas aujourd’hui. Et surtout pas dans un contexte post-Metoo. Peut-être pas à cause de l’hypersexualisation du personnage (ça va, ils nous sortent pas trop ce cliché) mais parce que c’est tout ce qu’il ne faut pas faire pour construire un personnage féminin fort… et on pensait qu’ils l’avaient appris depuis, surtout avec le récent succès de Wonder Woman. Encore heureux qu’ils aient viré Newton, parce que je crains le pire en songeant à sa mise en scène !
Du reste, celle de Taylor est vraiment très mauvaise (on sent qu’il n’était pas inspiré, vous dis-je) : la plupart des scènes sont tournées avec un platitude extrême, notamment les scènes d’action qui, quand même, bénéficiaient de chorégraphies plutôt correctes. Certaines scènes auraient en plus dû être coupées, tant elles n’apportaient pas grand-chose au récit, mais elles n’ont été gardées que parce que le film faisait à peine 1h30 (le film fait 1h30 ? mais qu’est-ce qui s’est passé ? Ils ont pu faire que la moitié du tournage ou quoi ?). Oui, parce que c’est un autre problème du scénario : non seulement, il n’est pas bien ficelé (honnêtement, j’ai essayé de déconstruire l’ensemble en prenant en compte les trois actes, l’élément déclencheur, la résolution, etc. : impossible à faire) mais en plus, on se perd dans des sous-intrigues sans queue, ni tête (comme vous avez pu le remarquer quand je vous ai fait le portrait très soap opera d’Ava, tout à l’heure), agrémentées de dialogues BIEN pourris.
C’est à se demander par quoi Chastain était le plus intéressée dans ce projet : pouvoir montrer sa capacité à se battre et à jouer les tueuses sans cœur (grincement de dents particulièrement atroce) ou par la sensibilité profonde qui se dégageait d’un tel personnage (gloussement nerveux). Chastain relève néanmoins le niveau par un jeu particulièrement réussi mais, il y a un moment donné, son personnage est nul, son personnage est nul, point. La même chose peut être dite du reste du casting avec une petite précision : c’est AFFLIGEANT qu’ils aient aussi mal exploité des acteurs de talent comme Colin Farrell, John Malkovich, Common, Ioan Gruffudd ou encore Geena Davis (GEENA FREAKIN’ DAVIS ! ET ELLE SE CONTENTE DE JOUER LES MÉMÉS GÂTEUSES DURANT TOUT LE FILM MAIS C’EST PAS POSSIBLE, DITES-MOI QUE JE RÊVE ???????????????).
Bref, vous l’avez compris, un beau gâchis qui aurait dû sentir le pot-pourri dès le bureau du producteur qui a accepté de financer cette merde (on parie combien que c’est un pote de Matthew Newton ou de Jessica Chastain qui a accepté de faire une fleur à son « ami(e) » ?). Ils peuvent sincèrement remercier Netflix de les avoir tirés de ce mauvais pas (et aussi la crise pandémique actuelle, je pense qu’elle leur a été très favorable).


PS : Petite note amusante sur le scénario et Ioan Gruffudd (parce que ça m’a bien fait rire entre deux dialogues particulièrement pourris et artificiels) pour conclure : son personnage qui meurt dans les cinq premières minutes du film (ce n’est pas un spoil, c’est dans la bande-annonce !) s’appelle Peter Hamilton. Jusque là rien de bien compliqué… sauf que dix minutes plus tard, Ava assiste à un reportage télévisé qui parle de sa victime… en l’appelant Hawthorne ! Dois-je donc rajouter des réécritures douteuses au projet pour justifier la qualité du traitement ?

Créée

le 30 déc. 2020

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