Une séquence d’ouverture faite d’un noir profond annonce, dès la première seconde, le désespoir qui habite Baby boy Frankie. Pour tout premier contact, une voix off, omnisciente, dissèque sans états d’âme le pauvre bougre qui va être de tous les plans, celui qui s’apprête à ôter la vie pour une énième fois, protégé par cette solitude qu’il aime tant, motivé par la haine qu’il nourrit pour le genre humain. Cette haine qui lui permet de n’éprouver qu’indifférence pour ses victimes au moment où il leur assène le coup de grâce.

Bad Boy Frankie surprend par sa tonalité noire très assumée. Toute sa première partie est baignée par un humour caustique qui prend à partie toutes les conventions sociales régissant à la fois la vie de famille et la vie en communauté. Mais plus que ses dialogues à l’ironie mordante, ce qui force l’admiration dans le film de Allen Baron, c’est sa facilité insolente à alterner sans délai l’ironie mordante et l’illustration très premier degré de la nature humaine dans ce qu’elle a de plus violent. Parce que lorsque le petit Frankie met en sourdine ses pensées, certes radicales, mais amusantes, c’est pour mettre ses gants en vue de zigouiller du barbu sans aucun état d’âme, lors d’un étranglement en plein cadre qui ne fait pas dans la dentelle. Dès lors, le film bascule pour s’offrir une dernière partie d’où le rire est définitivement exclu.

Si ce n’est la storyline dédiée à la recherche d’un amour pratique, qui tire à mon sens le portrait rugueux du tueur asocial vers le bas, ainsi que quelques baisses de rythme qui rappellent que le film est une adaptation de ce qui était à l’origine un court métrage, il n’y a pas grand-chose à jeter de ce baby Boy Frankie. Plié en 1h10, ce polar qui ne paye pas de mine vaut assurément le coup d’œil.

Ce n’est pas pour rien que sa singularité narrative marquera de son empreinte le cinéma de cinéastes réputés par la suite. On pense notamment à Melville, qui offrira au public sa version du thème quelques années plus tard, pour en livrer le chef d’œuvre qu’on ne présente pas et que tout le monde devrait posséder sur ses étagères (oui bon, hein, j’ai le droit de faire mon fanboy en ce lieu censé être ma zone de propagande !).
oso
8
Écrit par

Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de cœur et l'a ajouté à ses listes L'ours, Homo Video, en 2014 et Un cacheton en N&B pour les intégristes de la couleur

Créée

le 25 nov. 2014

Critique lue 487 fois

oso

Écrit par

Critique lue 487 fois

10

D'autres avis sur Baby Boy Frankie

Baby Boy Frankie

Baby Boy Frankie

7

BaNDiNi

525 critiques

Naked City

Un film noir oublié (jusque dans les livres sur le genre), souvent cité par Scorsese comme influence sur son travail, rythmé par une voix off éraillée tout en cynisme (qui rappellera aux gens de bon...

le 18 avr. 2012

Baby Boy Frankie

Baby Boy Frankie

6

Morrinson

2180 critiques

"A killer who doesn’t kill, gets killed."

Deux visionnages qui s'entrechoquent, produisant un effet plutôt intéressant : The Blast of Silence réalisé et interprété par Allen Baron en 1961, film noir peu connu creusant les archétypes avec...

le 21 déc. 2023

Baby Boy Frankie

Baby Boy Frankie

7

seb2046

1472 critiques

Rendez-vous avec son destin...

BLAST OF SILENCE (Allen Baron, USA, 1961, 77min) : Épatant polar noir sous la forme d'un portrait tragique d'un tueur à gages solitaire, une mise en scène inventive au milieu de Manhattan, un récit...

le 21 déc. 2017

Du même critique

La Mule

La Mule

5

oso

917 critiques

Le prix du temps

J’avais pourtant envie de la caresser dans le sens du poil cette mule prometteuse, dernier destrier en date du blondinet virtuose de la gâchette qui a su, au fil de sa carrière, prouver qu’il était...

le 26 janv. 2019

Under the Skin

Under the Skin

5

oso

917 critiques

RENDEZ-MOI NATASHA !

Tour à tour hypnotique et laborieux, Under the skin est un film qui exige de son spectateur un abandon total, un laisser-aller à l’expérience qui implique de ne pas perdre son temps à chercher...

le 7 déc. 2014

Dersou Ouzala

Dersou Ouzala

9

oso

917 critiques

Un coeur de tigre pour une âme vagabonde

Exploiter l’adversité réservée par dame nature aux intrépides aventuriers qui pensent amadouer la rudesse de contrées qui leur sont inhospitalières, pour illustrer l’attachement réciproque qui se...

le 14 déc. 2014