Baby Love
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Baby Love

Film de Alastair Reid (1968)

Alors que Luci, une adolescente de quinze ans, découvre les garçons, sa mère se suicide. Désemparée, la fille va être confiée à un ami d'enfance, qui vit avec sa femme et son fils. Cette famille sans histoires va être bouleversée par l'intrusion de Luci dans leurs vies.


Succès surprise lors de sa sortie anglaise en1968, Baby Love est comme un Ovni dans le cinéma anglais conservateur de cette époque, on peut ainsi dire qu'il est le témoin d'une période où la transgression va être de la partie. Cela fait également penser à Théorème, sorti d'ailleurs la même année, dans le sens où cette fille va être l'indicateur qui montre que cette famille en apparence parfaite est pleine de fêlures. Il faut dire que le rôle principal, joué par Linda Hayden (qui avait alors l'âge du rôle) est très difficile, car il est montré comme une Lolita, n'étant pas dupe de ses charmes, de son corps, qui va faire tourner la tête au père, au fils, mais également à la mère qui va presque se découvrir un désir lesbien en son encontre. D'ailleurs, il y a plusieurs scènes où la jeune fille est montrée dénudée, ce qui prouve son caractère très singulier et comme on dit, impossible à tourner aujourd'hui ; pourtant de manière paradoxale, l'actrice est revenue sur ce film en 2020, le défendant encore malgré tout. C'est aussi un marqueur du Swingin' London, avec plusieurs plans de la ville qui semblait alors en ébullition, y compris dans les boites de nuit (où se joue d'ailleurs la chanson Baby Love, qui donne le titre du film).


Si l'histoire flirte constamment avec la découverte de la sexualité prépubère chez une fille consciente de son pouvoir de séduction, avec une première scène où elle embrasse à pleine bouche un garçon, et le plan suivant où elle sourit comme si elle savait l'effet que ça produirait chez les autres, il est également ambigu sur le rapport à la mère. Cette femme qu'on voit se suicider également au début, dans un montage alterné flippant où, face au bonheur de sa fille à l'école, elle se prépare à se tailler les veines en réaction à un cancer incurable. Ce qui explique peut-être le manque de repères de Lucy, face à une mère qui parait être volage, très belle, et qui va lui apparaitre à plusieurs reprises comme un fantôme.


Loin de se borner à Lolita, Baby Love est un film très surprenant, qui met mal à l'aise à plusieurs reprises, mais qui est au fond le portrait d'une adolescente aux portes de l'âge adulte, qui ne sait à qui se vouer ; une perte de repères qu'elle compense avec la séduction, ou un corps qu'elle érotise à l'envi, car elle sait déjà qu'elle n'a que ça, signe sans doute d'un dérèglement comportemental.

Boubakar
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le 26 mars 2024

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Boubakar

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