Je ne vois pas beaucoup de films roumains (euphémisme) : je me demande même si ce n'est pas le tout premier pour ce qui reste une expérience très, très mitigée. Plutôt apprécié au Festival de Cannes (ce qui n'était déjà pas forcément bon signe), Cristian Mungiu peut compter sur un bon scénario, posant pas mal de questions très intéressantes sur le devoir, la culpabilité, l'engagement, le tout sur fond de grande pauvreté d'un pays en crise, où tout espoir semble être parti depuis longtemps. Le réalisateur a le sens du cadre, du détail insolite pour rendre certains plans étonnants, sachant créer une angoisse sourde à travers ces différentes agressions invisibles dont est victime le héros.


Mais bon sang, comment peut-on être obsédé par le réel au point de le pousser à un tel niveau. À côté, les frères Dardenne, c'est Christopher Nolan. Quel ennui ! Difficile de faire plus rébarbatif que ces plans longs, très longs, très, très longs que l'on étire sur plusieurs minutes, où l'on prend bien soin de commencer la scène au moment où le personnage entre dans la pièce (voire le couloir) et de la finir lorsque celui-ci la quitte, et c'est comme ça TOUT le film. Certes, ce qui s'y raconte n'est pas inintéressant, mais ça reste très démonstratif et inévitablement répétitif dans les conversations et les sujets qui y sont abordés, virant presque à la caricature de cinéma d'auteur. Aucun mouvement de caméra ou presque : ah ça, pour y croire, on y croit ! Cela doit-il tout justifier ? J'avoue en douter fortement.


Heureusement, cela s'accélère (un peu, n'exagérons rien!) dans la dernière ligne droite, ne jugeant toutefois pas utile de répondre à beaucoup d'interrogations lancées jusque-là, à l'image d'une fin un peu trop ouverte. Et l'interprétation est superbe, le quatuor Adrian Titieni - Maria-Victoria Dragus - Lia Bugnar - Malina Manovici faisant preuve d'une sensibilité, d'une émotion que l'on a plus beaucoup l'habitude de voir. Un beau projet, doté de qualités évidentes, mais s'enfermant tellement dans sa logique de « réalisme forcené » qu'il écrase presque toute émotion, incapable de trancher dans le vif alors que 80 minutes auraient sans doute été largement suffisantes pour raconter cette histoire.

Caine78
4
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste Les meilleurs films de 2016

Créée

le 4 août 2020

Critique lue 209 fois

Baccalauréat

Baccalauréat

7

Sergent_Pepper

le 7 janv. 2017

Suivre

Petits arrangements avec les forts.

La première séquence de Baccalauréat s’ouvre sur une ville décatie et lépreuse comme il semble y en avoir légion en Roumanie. Un tas de terre et de pierres occulte un trou dans lequel quelque...

Baccalauréat

Baccalauréat

8

Theloma

le 2 janv. 2017

Suivre

La transparence et l'opacité

Le film de Cristian Mungiu donne autant à voir qu'à cacher, jouant sur la transparence des situations et des personnages autant que sur leur opacité. Et le passage de la probité apparente des uns à...

Baccalauréat

Baccalauréat

9

PatrickBraganti

le 9 déc. 2016

Suivre

Mention très bien

Déjà détenteur d’une Palme d’Or pour 4 mois, 3 semaines, 2 jours en 2007, le réalisateur roumain Cristian Mungiu a reçu cette année le prix de la mise en scène pour son nouveau film qui aurait...

Nous finirons ensemble

Nous finirons ensemble

3

Caine78

le 11 mai 2019

Suivre

Possible de finir avec quelqu'un d'autre?

Je garde un assez bon souvenir des « Petits mouchoirs », que je n'ai pas revu depuis sa sortie (ce que je ferais prochainement). J'avais ainsi bon espoir que Guillaume Canet soit capable de...

Mourir peut attendre

Mourir peut attendre

5

Caine78

le 7 nov. 2021

Suivre
Dernière modification

le 29 juil. 2026

Attente meurtri(ère)

Cinq ans d'attente, avant que la crise sanitaire prolonge d'une nouvelle année et demie la sortie de ce 25ème opus, accentuant une attente déjà immense due, bien sûr, à la dernière de Daniel Craig...

L'Origine du monde

L'Origine du monde

3

Caine78

le 25 sept. 2021

Suivre

L'Origine du malaise

Je le sentais bien, pourtant. Même si je n'avais pas aimé « Momo », adapté du même Sébastien Thiéry, cela avait l'air à la fois provocateur et percutant, graveleux et incisif, original et décalé,...