Bad CGI Gator convoque tous les clichés du genre horrifique appliqué au teen movie, et en premier lieu le chalet abandonné – celui d’Evil Dead (Sam Raimi, 1981) ou de Cabin Fever (Eli Roth, 2002) – qui devient un pavillon dans lequel organiser un week-end festif, nommé « spring break » par des adolescents attachés aux parties de bière-pong. L’alligator apparaît avant tout comme un spectateur de ce petit monde dégénéré, en témoignent les plans récurrents captés sous l’eau ; ses attaques, amusantes, jouent avec l’image que cultivent ces membres d’une confrérie étudiante recomposée, image superficielle que croquera avidement la créature : les discours faussement émancipatoires qui conduisent à jeter à l’eau des ordinateurs portables tout en se filmant, téléphones et applications aidant, en train de le faire, la culture sportive (la tête dans le panier de basket), les démonstrations de virilité ou de féminité, l’écart entre le cadre naturel préservé et la grosse voiture que l’on y introduit. Voilà autant de marques extérieures de richesse – celle des parents – que ce téléfilm transforme en sources de monstruosité. Notons d’ailleurs que l’alligator ne cesse de grandir, atteignant des proportions invraisemblables, mimétique de la bêtise des éternels adolescents et de ce qu’ils disent de la jeunesse de leur pays.