A une époque ou la comédie US peine de plus en plus à se renouveler (ils ne sont décemment pas les seuls à blâmer, nous ne sommes pas forcément mieux par chez nous) mais surtout à s'exporter hors de ses frontières, la voir célébrer la figure féminine plus qu'à l'accoutumée à tout pour aussi bien nous étonner - dans le bon sens du terme - que nous séduire.
Fer de lance d'un humour 100% féminin aussi racé qu'intelligent et désopilant, boxant majoritairement dans des catégories jusque-là réservés à la gent masculine (le buddy movie, le film d'espionnage, la science-fiction), ma méthode - à succès - de Paul Feig semble enfin avoir fait des émules; et il était temps.
Alors que le bonhomme nous reviendra avec son reboot/remake buzzé à mort de SOS Fantômes, que la potache mais néanmoins réussite suite de Nos Pires Voisins use avec malice du thème féministe (et pas forcément à des fins uniquement risibles); voilà que débarque en ces premières heures du mois d'août le bien nommé Bad Moms, nouveau long métrage signé Jon Lucas et Scott Moore (le manqué 21 & Over, et scénaristes sur la trilogie Very Bad Trip), qui entendent bien décliner leurs bagages scénaristique à toutes les sauces.
Cette fois, avec l'aide d'un casting finement choisit pour l'occasion (les habitués du genre Mila Kunis, Kristen Bell, Kathryn Hahn et la désopilante Christina Applegate), les deux bonhommes s'attaquent, avec plus ou moins de finesse et d'habileté, au quotidien des mères de familles ricaines façon Desperate Housewives trash et un chouïa politique.
Au final, si elle n'est décemment pas la comédie de l'été (Nos Pires Voisins 2 dynamite easy la concurrence jusqu'à présent), elle incarne toute fois un de ces petits moments de cinéma aussi léger que jouissivement lourdingue, au capital sympathie/comique bien plus imposant que la moyenne.
En prenant pour héroïnes un trio de mères de familles épuisées et littéralement au bout du rouleau à force de s'échiner à subir le dictat étouffant de la reine mère des matriarches parfaites - la présidente des parents d'élèves -, qui décidèrent in fine de s'offrir du bon temps bien mérité en relâchant complétement la pression - dans tous les sens du terme -; Lucas et Moore font de Bad Moms une anthologie potache (mais mainstream tout de même) sur le pétage de plombs, aussi drôle que cinglante, alignant les situations grotesques non seulement pour divertir - généralement avec réussite - son spectateur, mais également pour appuyer un sous-texte bien plus critique qu'il n'en a l'air de prime abord.
Sans pour autant incarner une satire consistante et brulante de la société puritaine et conservatrice ricaine dans toute sa splendeur, le film interroge subtilement (si, si) son auditoire sur le quotidien de wannabe super-héroïne que vit toute mère de famille, de celles empathiques qui assument leur impossibilité (évidente et logique) de pouvoir jongler sur tous les tableaux sans aide - bonjour le portrait facile du mari immature/absent -; à celles supposément parfaites, au point d'en être littéralement insupportables.
Une vision rafraichissante en somme, de la femme contemporaine qui assume ses choix, bons comme mauvais, et qui s'octroie aussi bien la possibilité de profiter de la vie autant que d'être dans l'erreur.
Alors certes, Bad Moms est (souvent) prévisible et scénaristiquement parlant limité, très (trop ?) potache au risque d'en être presque indigeste/déconcertant pour certains, mais il est avant tout et surtout, une jolie comédie drôle et prenante, au casting aussi plaisant à suivre qu'il est impliqué.
Un divertissement estival léger et qui fout la banane tout simplement, et vu le triste été ciné que l'on vit actuellement, bourré jusqu'à la gueule de déceptions en tout genre, on ne va logiquement pas se plaindre d'une œuvre qui joue parfaitement son rôle dans les salles obscures...
Jonathan Chevrier
http://fuckingcinephiles.blogspot.fr/2016/08/critique-bad-moms.html