Ma douce et tendre, sans doute attendrie par la saveur particulière de cette création, m'a convaincu de la suivre dans cette comédie bouchère. Fabrice Eboué, sympathique pratiquant de l'humour noir, se livre ici à une orgie caustique.
Une boucherie de quartier sur le déclin se trouve un jour fortuitement en possession d'une viande qui séduit immédiatement la clientèle par son goût unique. Et pour cause, il s'agit de porc d'Iran, viande extrêmement rare dont la provenance demeure un mystère pour ses amateurs friands. Le boucher, fortement encouragé par son épouse, grande amatrice de faits divers et d'émissions sur les serials killers, va devoir augmenter la cadence de sa production pour satisfaire l'appétit de ses clients.
Comédie noire dont le ton dénote avec toutes les productions françaises habituelles, Barbaque se singularise par son ton caustique, sans concessions, qui taille avec enthousiasme dans le gras des bassesses humaines quotidiennes. L'homme est un cochon qui s'ignore et le réalisateur s'attelle à ouvrir nos yeux enduits de suif. Les images crues ne sont pas sans rappeler plusieurs films ayant déjà abordé le thème par le passé avec plus ou moins de bonheur : Delicatessen (véritable chef d'œuvre !), Sweeney Todd (magnifiquement noir), les bouchers verts (décevant). Le point commun de ces quatre œuvres étant qu'une fois la mécanique enclenchée, il est difficile pour les protagonistes de faire machine arrière et la fuite en avant semble inéluctable.
Fabrice Eboué parvient à tracer son sillon, insérant les problématiques modernes (pas encore apparues lors des films cités précédemment) telles que le développement radical du courant vegan, le questionnement sur les conditions d'élevage et d'abattage des bêtes, la crispation des positions de chacun dans une époque clivée. Il oblige le spectateur à prendre de la distance, ne serait-ce que pour supporter l'horreur de certaines scènes où il tranche dans le vif. Les adeptes de l'humour noir vont se régaler. Le duo macabre qu'il forme avec Marina Foïs nous offre de belles tranches de rire tandis qu'elle l'entraîne toujours plus loin dans la débauche, mêlant excitation léthale et sexuelle. Très irrévérencieuse, cette création s'avère même politiquement incorrecte et ne manquera pas de choquer quelques esprits bien pensants adeptes du yoga solitaire en forêt. Ils en seront quittes pour aller saluer le soleil...
On pourra regretter néanmoins certains passages un peu empêtrés dans un fil narratif qui se dégonde un peu parfois. La chute arrive ainsi à point nommé par un final d'anthologie où aucune image ne sera épargnée au spectateur. A l'instar d'un fanatique vegan, le spectateur risque de s'en prendre plein la vue ! Un sacré crochet du gauche...
Au final, c'est une pièce de viande bien travaillée qu'il nous est donné de déguster. La cuisson saignante pourra en rebuter certain(e)s mais tout est dans le titre, Fabrice Eboué ne nous trompant pas sur la marchandise.