Barfly
6.9
Barfly

Film de Barbet Schroeder (1987)

Film à part !
Du coup (de rouge, ou tout autre !), l'envie de le voir au plus vite et celle de l'éviter à tout prix s"équilibrent. Parce qu'il est signé du cinéaste de la marginalité : drogue ("More") ; déviances sexuelles ("Maîtresse") ; jeux ("Tricheurs")... Parce qu'il s'agit cette fois de la dérive alcoolique sous sa forme la plus désespérée, donc la plus dérangeante. Parce que l'auteur du scénario, supposé très autobiographique, n'est autre que Charles Bukowski. Enfin, parce que Mickey Rourke et Faye Dunaway personnalisent ladite tragédie humaine en laissant libre cours à la folie de comédien.
Le film est une incursion dans le quotidien d'une "mouche de bar" (bar fly). Henri Chinaski - tiens ! - est un type entre deux âges, toujours entre deux beuveries, deux rixes d'ivrognes, deux nouvelles qu'il écrit avec un talent épidermique. Fier de "ne pas être aux normes", il rejette la société avec la même force que celle-ci a pour le rejeter. Suicidaire au dernier degré (d'alcoolémie !), il a conscience de s'autodétruire, silhouette d'athlète clochardisé, aux zincs de bars. Sur l'écran, la pathétique vision d'une épave humaine déjà au plus sombre de sa "nuit d'ivresse" à laquelle se résume sa vie. Solitude qui lui pèse tout de même assez pour se mettre en ménage avec une autre âme en détresse. Entre lui et l'encore belle Wanda, pas question, bien sûr, de passion à l'eau de rose. Bière et whisky toute !
Au-delà d'une déchéance visualisée avec un réalisme synonyme de controverse, à l'instar du style Bukowski, des situations propres à des performances d'acteurs. Mickey Rourke et Faye Dunaway, duo inédit qui a de quoi "distiller" une durable admiration. Lui, encore une fois en géniale immersion, prend à son compte tout le négatif de son personnage sans se liquéfier dans l'outrance. Allure repoussante, gestes pachydermiques, regard insondable, agressivité latente... Quelle composition ! Elle, assez intrépide pour marquer son grand retour à l'écran avec un rôle de poivrotte, est d'autant plus sublime qu'elle joue... toute honte bue ! Toutes ces scènes où elle incarne la détresse d'une belle femme piégée par l'âge et les désillusions, on a envie de se les passer et repasser. A s'en saoûler !

Ticket_007
7
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le 4 nov. 2015

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