Avec ses scènes d'un érotisme assez torride pour l'époque en 1992, la musique envoûtante de Jerry Goldsmith, son mécanisme de l'intrigue sataniquement agencé, l'étrange volupté du personnage de Catherine Trammell, bisexuelle à la glaçante perversité (le film provoqua un tollé chez certaines associations gay), sans oublier la scène d'anthologie de l'interrogatoire... ce polar a fait date et reste dans les mémoires. Pourtant, le sujet semble assez peu original, c'est de l'enquête policière basique mais enrubannée dans le style verhoevenien, car tout réside dans la façon qu'a Verhoeven d'empaqueter son produit ; avec sa perception européenne, il choque le public américain par l'ambiance insidieuse et le côté sulfureux qu'il donne à son film, par du sexe un peu frénétique, des plans audacieux où il sème le doute (le pic à glace qui casse de la glace), et où les acteurs donnent le meilleur d'eux-mêmes. Douglas en tête, mais surtout Sharon qui attire les regards par un personnage de femme trouble à la sexualité libre, rarement vu dans le cinéma américain. Le succès du film lança à Hollywood la mode assez brève du thriller érotique, certains seront réussis, mais aucun n'égalera ce film vénéneux par excellence.