Batman
7.1
Batman

Film de Tim Burton (1989)

« Have you ever danced with the devil in the pale moonlight ? » BATMAN

En 1985, Pee-Wee's Big Adventure de Tim Burton sort au cinéma. Bien que le film soit avant tout une comédie décalée mettant en scène le personnage de Pee-Wee Herman, il se distingue déjà par une identité visuelle très marquée, mélangeant humour absurde, décors stylisés et influences gothiques. Ce premier essai permet à Burton de démontrer son talent de metteur en scène. Les dirigeants de Warner Bros. sont séduits par son univers singulier et voient en lui un réalisateur capable d'apporter une approche inédite à leur prochain grand projet : une nouvelle adaptation de Batman, bien plus sombre que la précédente incarnation du personnage.

À première vue, Tim Burton ne semble pourtant pas être un choix évident. Le réalisateur n'est pas un passionné de Batman et connaît surtout le personnage à travers les comics de son enfance. Toutefois, il est immédiatement attiré par certains aspects du héros : son univers sombre, son esthétique gothique, mais surtout la dualité entre Bruce Wayne, milliardaire solitaire, et Batman, justicier hanté par son passé. Burton y voit un personnage profondément mélancolique, proche des figures marginales qui peuplent déjà son imaginaire. Malgré cet enthousiasme, la production peine à démarrer. La Warner cherche pendant plusieurs mois le bon scénariste afin de trouver le ton adéquat pour relancer le personnage. Plusieurs auteurs se succèdent sur le projet sans parvenir à convaincre le studio, qui hésite encore sur la direction à donner au film. Cette longue période de développement permet à Burton de mettre Batman temporairement de côté afin de réaliser un autre long-métrage.

Sam Hamm, connu pour son intérêt pour les comics, est proposé à la Warner sur les conseils de Tim Burton. Plutôt que d'adapter fidèlement une histoire existante, Hamm imagine un scénario entièrement original qui puise son inspiration dans plusieurs comics emblématiques tout en proposant une nouvelle vision du personnage. Cette version convainc enfin la Warner, qui donne son feu vert au projet. Il faudra cependant patienter encore quelque temps, Burton étant toujours occupé par le tournage et la post-production de son nouveau film.

En 1988, Beetlejuice de Tim Burton sort au cinéma et rencontre un immense succès. Ce deuxième long-métrage confirme définitivement le style de Burton, mêlant humour noir, univers fantastique et esthétique gothique. Le film devient une véritable vitrine de son imagination visuelle et permet aux producteurs d'avoir un aperçu concret de ce que pourrait être son Batman. Plusieurs collaborateurs de Burton rejoignent d'ailleurs l'équipe de Batman. C'est notamment le cas du scénariste Warren Skaaren, chargé de retravailler le script de Sam Hamm afin d'en renforcer la structure dramatique.

En 1989, Batman sort enfin dans les salles de cinéma et devient immédiatement un phénomène mondial. Au-delà de ses excellents résultats au box-office, le film révolutionne l'image des adaptations de comics en proposant une œuvre plus mature, plus sombre et visuellement ambitieuse.

Danny Elfman ouvre le film avec sa musique immédiatement devenu l'une des plus emblématiques de l'histoire du cinéma de super-héros. Le compositeur retrouve Tim Burton après ses deux premiers films, deux collaborations qui ont permis aux deux hommes de développer une véritable complicité artistique. Dès les premières notes du générique, Elfman installe une atmosphère à la fois mystérieuse, héroïque et majestueuse. Les cuivres puissants, les chœurs et les cordes donnent immédiatement une dimension presque mythologique à Batman. La musique ne se contente pas d'accompagner les images : elle participe à la construction du personnage. Avant même que le héros apparaisse à l'écran, le spectateur comprend qu'il est face à une figure imposante, presque légendaire.

Au-delà de la musique, ce qui impressionne immédiatement est l'identité visuelle du film. Tim Burton ne cherche pas à représenter une ville réaliste mais une Gotham sortie d'un cauchemar. Chaque rue, chaque immeuble, chaque ruelle participe à la création d'une ville oppressante où la criminalité semble omniprésente. Les influences de l'expressionnisme allemand sautent aux yeux : bâtiments gigantesques, perspectives déformées, jeux d'ombres très marqués, architecture écrasante et lumière constamment contrastée. On retrouve également une forte inspiration gothique avec ses cathédrales, ses gargouilles et ses statues monumentales. La photographie accentue cette impression grâce à des couleurs sombres et une lumière très travaillée qui donne au film une identité unique. Gotham n'est pas seulement un décor : elle devient un personnage à part entière, reflétant les traumatismes et la noirceur intérieure de Batman. Cette maîtrise visuelle sera récompensée par l'Oscar de la meilleure direction artistique, une récompense largement méritée tant le travail réalisé est exceptionnel.

Anton Furst, inconnu du grand public, est le principal artisan de cette Gotham mythique. Il avait déjà travaillé sur plusieurs productions prestigieuses, notamment avec Stanley Kubrick et avec Ridley Scott. Pour ce film, il imagine une Gotham gigantesque, mélange improbable entre New York, Chicago, architecture industrielle et cathédrales gothiques. Son objectif est de créer une ville qui semble avoir été construite sur plusieurs siècles sans véritable plan d'urbanisme, une ville où les bâtiments se superposent comme si la corruption s'était également inscrite dans la pierre. Son travail est si marquant qu'il servira de référence à de nombreuses adaptations futures de Batman.

Michael Keaton, le célèbre Beetlejuice, incarne Batman et cela va susciter une immense polémique avant même le début du tournage. Connu principalement pour ses rôles dans des comédies, il ne correspond pas à l'image physique que les fans se font du Chevalier Noir. Pourtant, Tim Burton reste convaincu que Keaton possède ce qui compte réellement : la capacité à exprimer les blessures psychologiques de Bruce Wayne. Une fois le film sorti, les critiques s'évanouissent rapidement. Keaton compose un Wayne discret, introverti, parfois maladroit, très éloigné du playboy flamboyant des comics plus récents. Sous le costume, il devient une présence intimidante. Son interprétation repose davantage sur son regard, sa posture et sa voix que sur la force physique. Le costume, extrêmement rigide, accentue d'ailleurs cette impression d'armure vivante. Batman paraît massif, presque inhumain, renforçant son image de créature nocturne qui inspire la peur aux criminels.

Le principal adversaire de Batman est Jack Napier, futur Joker. Le film prend plusieurs libertés importantes avec les comics. La plus célèbre consiste à faire de Napier l'assassin de Thomas et Martha Wayne. Dans les comics, leur meurtrier est généralement Joe Chill. Ce changement modifie profondément la relation entre Batman et le Joker. Désormais, chacun est directement responsable de la naissance de l'autre. Batman provoque involontairement la transformation de Napier lors de l'accident de l'usine Axis Chemicals, tandis que Napier est celui qui a détruit l'enfance de Bruce. Cette construction crée une symétrie dramatique particulièrement efficace qui renforce leur affrontement final.

Le film présente Batman et le Joker comme deux réponses opposées à un traumatisme. Tous deux ont été transformés par un événement tragique, mais chacun choisit un chemin radicalement différent. Bruce Wayne décide de canaliser sa souffrance afin de protéger les innocents et d'imposer un certain ordre au chaos de Gotham. Le Joker, au contraire, embrasse complètement le chaos. Il abandonne toute identité passée pour devenir une incarnation permanente de la folie. Wayne porte un masque afin de protéger les autres ; le Joker fait de son masque sa véritable personnalité. Tous deux vivent dans la représentation permanente, mais là où Batman cherche un sens à son existence, le Joker rejette toute morale et toute logique. Ils apparaissent ainsi comme deux miroirs déformés, deux hommes brisés ayant fait des choix diamétralement opposés.

Kim Basinger, interprète de Vicki Vale, se retrouve au milieu de cette confrontation. Journaliste et photographe, elle joue un rôle essentiel dans le récit puisqu'elle permet au spectateur de découvrir l'homme caché derrière le masque. Grâce à elle, Bruce Wayne révèle une vulnérabilité rarement visible lorsqu'il porte le costume. Face à Vicki, il hésite, paraît maladroit et envisage même la possibilité d'abandonner son existence solitaire. Elle représente la vie qu'il aurait pu mener si le meurtre de ses parents n'avait jamais eu lieu. À l'inverse, le Joker développe une obsession pour elle qui ne relève pas de l'amour mais de la possession. Il cherche à séduire Vicki comme il cherche à s'approprier tout ce qui attire Batman. Elle devient alors le lien entre les deux hommes et le symbole du choix auquel Bruce est confronté : poursuivre sa mission ou retrouver une part d'humanité.

Le dernier acte du film se déroule dans la cathédrale de Gotham, un décor chargé de symboles. Batman poursuit le Joker jusqu'au sommet d'un édifice religieux, comme si leur affrontement dépassait la simple lutte entre un héros et un criminel pour devenir un affrontement entre deux conceptions du monde. Fidèle à lui-même, le Joker continue de plaisanter jusque dans les derniers instants de sa vie, incapable de prendre quoi que ce soit au sérieux. Batman, de son côté, refuse de l'exécuter directement. Il empêche simplement sa fuite en accrochant l'hélicoptère du Joker à une gargouille grâce à son grappin. C'est finalement le poids de la statue qui entraîne le criminel dans le vide. Cette conclusion permet à Batman de conserver une certaine ligne morale : il ne tue pas volontairement son ennemi, même si celui-ci trouve la mort à l'issue de leur affrontement. Vicki, désormais au courant de l'identité secrète de Bruce, comprend également que leur histoire d'amour ne pourra jamais être totalement normale. La mission de Batman passera toujours avant son bonheur personnel.

Jack Nicholson livre une prestation devenue légendaire. Son Joker est à la fois terrifiant et fascinant. Héritier des films de gangsters classiques, Jack Napier se transforme progressivement en un criminel totalement imprévisible après sa chute dans les produits chimiques. Nicholson alterne constamment entre humour noir, extravagance théâtrale et accès de violence brutale. Son Joker considère le crime comme une véritable œuvre d'art, transformant les meurtres en spectacles et la ville en immense scène de théâtre. Son rire permanent, son maquillage figé et ses costumes extravagants renforcent cette impression d'assister à la performance d'un clown démoniaque. Cette interprétation influencera durablement toutes les incarnations suivantes du personnage, même si chacune choisira ensuite une direction différente.

Batman demeure l'un des films de super-héros les plus importants de l'histoire du cinéma. Tim Burton ne s'est pas contenté d'adapter un comics : il a imposé une véritable vision d'auteur en faisant de Batman un personnage tragique évoluant dans un univers gothique et profondément stylisé. Grâce à la musique inoubliable de Danny Elfman, aux décors extraordinaires d'Anton Furst, aux performances de Michael Keaton et de Jack Nicholson, le film possède une identité immédiatement reconnaissable. Son succès a démontré qu'un film de super-héros pouvait être sombre, ambitieux, artistiquement exigeant et rencontrer un immense succès populaire. Sans le Batman de Tim Burton, il est difficile d'imaginer l'évolution qu'a connue le genre dans les décennies suivantes.

StevenBen
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le 3 juil. 2026

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Steven Benard

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