Je suis sans doute un peu partial avec ce premier volet de la trilogie du Chevalier Noir vu par Nolan et incarné par Christian Bale, qui n'est pas exempt de facilités narratives, notamment dans sa dernière partie face à l'ancien mentor devenu principal antagoniste, Ra's al Ghul (Liam Neeson). Qu'importe.
Car d'une part, admirateur et défenseur de l'Américain depuis ses tout débuts (la claque "Memento" à sa sortie, puis "Following" découvert dans la foulée en vidéo), ce fut assez fascinant de le voir évoluer du thriller indie au blockbuster sans se renier le moins du monde, toujours autour de cette thématique d'une culpabilité trop lourde à porter que le protagoniste refoule sur un tiers faute de pouvoir s'y confronter. Ici, il s'agit bien sûr de celle du jeune Bruce Wayne qu'une peur panique des chauve-souris fera quitter l'opéra "Mefistofele" dans la précipitation, exposant malgré lui ses parents à l'agression mortelle d'un voyou, et l'amenant à transférer cette culpabilité sur le mafieux Falcone jugé responsable de la déperdition de Gotham City, puis par extension sur la pègre dans son ensemble en devenant Batman et en retournant contre elle cette même peur, cause du trauma fondateur sur lequel s'ouvre le film dans une caverne envahie de chiroptères. Et d'autre part, tout aussi fan du personnages de l'Homme Chauve-Souris et de ses déclinaisons les plus fidèles en termes de noirceur rédemptoire et d'atmosphère solitaire et crépusculaire (des longs-métrages de Tim Burton dont on reparlera aux comics de Frank Miller, Brian Azzarello ou Steve Niles, en passant par "Batman: The Animated Series" qui a marqué mon début d'adolescence), ce fut évidemment un plaisir immense, en salle à l'époque, de retrouver Batman tel que je l'attendais, surtout après les ratages kitsch et second degré de Joel Schumacher.
Sous la caméra de Nolan, et dans un écrin visuel au diapason (surtout pendant ce segment nocturne et enfumé dans les rues de Gotham City face à l'Épouvantail, première apparition de l'excellent Cillian Murphy chez le futur réalisateur d'"Oppenheimer"), le Justicier Masqué redevient en effet tourmenté, hanté par ses démons, ambigu même puisque Bruce Wayne ne deviendra Batman que grâce à l'entraînement mystique de la Ligue des Ombres dont on apprendra qu'elle soutenait la mafia de Gotham pour éradiquer cette nouvelle Babylone, une allégorie des propres pulsions refoulée du personnage vis-à-vis de cette corruption qu'il tient pour responsable du décès de ses parents. Quant à la musique, cosignée par James Newton Howard et Hans Zimmer, elle est magnifique d'équilibre entre tension et élégie (largement le plus beau score de la trilogie à mon sens, merci JNH), et compte pour beaucoup dans la mélancolie et le fatalisme qui se dégagent de ce "Batman Begins" trop souvent occulté au profit de son excellent successeur.