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le 5 déc. 2021
J’ai longtemps pensé que mon introduction dans le cinéma philippin se ferait par le réalisateur Lav Diaz mais au vu de la durée de ses films (dont je me réserve le droit de découvrir lorsque j’aurais davantage de temps), je me suis naturellement tourné vers le cinéma de Lino Brocka pour découvrir la culture cinématographique de ce pays.
Il y a quelque chose d’assez universel dans la représentation du personnage principal, je veux dire qu’il incarne parfaitement la détresse et l’acharnement mortifère que certains peuvent avoir afin de subvenir financièrement à sa femme afin de lui payer des médicaments et ses frais d’hôpital suite à la naissance de leur bébé. Cette représentation est d’autant plus vrai qu’elle met en opposition les besoins individuels du personnage des besoins collectifs d’une société, cette opposition entre besoins individuels et collectifs isole le personnage du mouvement social qu’il soutient au premier abord l’obligeant à continuer d’être le rouage d’un système dont il veut au fond de lui l’abolition. La fatalité désespérée entraîne le personnage dans une spirale infernale de la pauvreté dont l’émancipation ne peut se faire que par le crime. On sait qu'à partir du moment où il a été ne serait-ce qu’évoquer que le crime allait avoir lieu, cela ne peut pas être autrement puisque l'engrenage du capitalisme dans lequel il est pris ne peut lui même le faire survivre. Pour survivre il faut par conséquent agir contre le système, lui qui n’avait pas participé au mouvement social à cause de sa misère sociale, c’est cette misère qui le conduit à commettre un cambriolage, aboutissant à une prise d’otage. On atteint ici le point culminant du film, la tension qui a alors toujours été sous-jacente dans le métrage devient ici insoutenable pour nous comme pour le personnage qui voit toute porte de sortie clos à jamais.
Venons-en maintenant à ma séquence préférée du film, alors que notre personnage principal est arrêté, il est confronté à une altercation avec son supérieur qui l’insulte, pris d’une rage intense, il se débat pour prendre l’arme d’un policier, tire sur son supérieur avant d’être mitraillé. Ce que j’ai trouvé magnifique dans cette séquence c’est le rapport de force entre les deux personnages et l’extrême violence qui en découle. Cette réaction violente n’est qu’une réponse de la violence psychologique perpétuelle dont le personnage principal est victime. Une fois mitraillé, la femme (qui venait d’accoucher), court rejoindre son mari décédé et ensanglanté dans ses bras. Il aurait été ici bien bête d’en faire une scène tire larme dans laquelle la femme pleure la mort de son mari, cela aurait annihiler toute la substance du film, bien évidemment, ce n’est pas de cela qu’il s’agit. Dans cette scène déchirante, ce n’est pas les pleurs de la femme que l’on entend, ce sont les appareils photos et les journalistes qui commentent la scène. Lui qui n’a jamais pu rejoindre le mouvement social, il devient par cette médiatisation l’incarnation de la dégradation de l’homme délaissé par un système qui ne peut le secourir.
Créée
le 2 août 2023
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