Dans la jungle cinématographique, parfois, une étincelle d'originalité peut briller dans un concept, une prémisse intrigante qui promet une aventure palpitante. "Beast", réalisé par Baltasar Kormákur et sorti en 2022, arbore une telle lueur avec son pitch captivant : un lion géant attaquant tous les humains après une expérience traumatisante avec des braconniers. Cependant, derrière cette promesse de tension et d'action se cache une réalité complexe et déroutante.
Le film plonge le spectateur dans une réserve animalière d'Afrique du Sud, suivant le Dr Nate Daniels (Idris Elba), récemment veuf, et ses deux filles dans une quête de survie contre un lion agressif et intelligent. La prémisse est intrigante, le décor sauvage offre des opportunités visuelles, mais le scénario trébuche dès ses premiers pas. Les dialogues peinent à convaincre et les personnages manquent de profondeur, laissant les acteurs tels qu'Idris Elba et Sharlto Copley tenter de rattraper le déséquilibre. Le comportement parfois irrationnel des personnages les fait apparaître insensés et leur prise de décision devient par moments difficile à croire.
Pourtant le pitch n'est pas dégueulasse. C'est même plutôt pas mal avec plusieurs segments qui s'articulent bien dans l'espace et le temps (La zone des lions familiers, le marais, la zone de l'accident, l'arrivée des braconniers...).
Cependant, parmi les ombres du scénario maladroit, surgit un protagoniste majestueux : le lion lui-même. Le résultat c'est que malgré les effets spéciaux perfectibles, le personnage du Lion agressif est le seul auquel on peut croire. Le charadesign du lion peut sembler exagéré, avec ses marques de griffes distinctives, mais son animation et ses motivations sont ce qui sonne le plus juste dans le film.
En réalité, la prémisse du film semblerait donc se focaliser sur un projet ambitieux : donner vie aux lions à travers des effets numériques (CGI). Si le fil conducteur du récit le place dans la lignée des films mettant en scène des créatures hostiles, à l'instar de "Jaws", "Razorback" ou "L'ombre et la Proie...", la seule référence évidente et affichée dans le film, portée par le personnage agaçant de Méré et son t-shirt, c'est "Jurassic Park".
Ce dernier, tout comme "Beast", plonge dans les thèmes familiaux et la quête de réunification avec ses proches (Evidement mieux fait dans Jurrasic Park, au moins les personnages on s'y intéresse). Cependant, "Beast" va aussi rechercher dans ce film de dinosaures la capacité de ressusciter des animaux disparus grâce aux prouesses de la technologie numérique. "Jurassic Park" avait révolutionné le cinéma par l'utilisation des effets numériques en mettant fin à l'ère du "Stop Motion" et en ouvrant la voie à la matérialisation d'animaux crédibles sur grand écran.
En ce domaine précis, le film brille véritablement. LLa photographie soignée dévoile des plans-séquences soigneusement élaborés où la caméra danse en harmonie avec les mouvements des félins, leur conférant une authenticité saisissante et une présence physique indéniable. L'un des moments marquants est ce magnifique plan, où les protagonistes suspendent leur traversée pour observer des lions au comportement docile. C'est ici que l'on découvre une palette riche d'interactions, incluant même une étreinte imposante entre l'homme et l'animal. Cette séquence se distingue par sa crédibilité, s'intégrant de manière fluide dans la logique du récit tout en reflétant le poids et la réalité tangible de la créature à l'écran.
Le film jongle, mélangeant parfois le pire de son scénario avec le meilleur de sa photographie et de ses mouvements de caméra. Au-delà de cet, une autre séquence en plan-séquence se distingue dans la partie finale, alors que l'action se déroule au sein d'une école désaffectée. Les déplacements orchestrés dans le décor, ainsi que le montage au sein même du plan, se révèlent à la fois bien cadencés et rythmés. Vers la clôture de cette séquence, à travers une fenêtre en arrière-plan, se profile le lion menaçant par un fenêtre non visible de Nate, s'approchant avec une tension palpable. Une transition astucieuse intervient alors : le plan bascule subitement sur le regard de Méré, nous montrant ce lion que les spectateurs avaient vus juste avant. Cette construction fonctionne de manière irréprochable, révélant une minutieuse planification et un sens ingénieux de la mise en scène.
Cependant, des ombres se dessinent dans la réalisation. L'arrivée de la famille Elba chez Martin se présente sous une profusion de plans, découpés avec une rapidité excessive, donnant l'impression que les personnages disparaissent d'une pièce sans prévenir. Cette approche pourrait être interprétée comme une tentative avant-gardiste, mais pourrait également être perçue comme un choix incohérent et chaotique.
La toute première séquence d'introduction, avec les braconniers, elle aussi souffre d'une exécution médiocre. Le rendu visuel est affligé par un éclairage peu flatteur, laissant penser que la scène a été tournée dans un studio avec des ressources budgétaires limitées.
En conclusion, "Beast" navigue entre les eaux troubles de l'excellence visuelle et des erreurs narratives. Tout en exhibant des moments de photographie remarquable et de plans séquences habiles, il lutte avec un scénario bancal et des choix de personnages déroutants. Malgré ces défauts, le film parvient à susciter un certain intérêt pour la beauté sauvage du lion et pour quelques moments de maîtrise cinématographique.
Y a quand même pas grand chose de naturel ni de loi de la jungle là dedans.