Quelques années après «  Midsommar » Ari Aster revient en force avec une œuvre d’une immense richesse et ambition. Si vous vous attendez à voir dans le nouvel Aster la continuité ,dans la même lignée que «  Hérédité » ou «  Midsomar », vous serez vites surpris. Surprise plaisante que fait ici le réalisateur en nous proposant quelque chose d’aussi loufoque qu’innovant et tout a fait nouveau. Oui, selon les attentes que vous aurez, «  Beau is afraid » peu en effrayer plus d’un de par son côté déroutant et loufoque. «  Beau is afraid » pour l’apprécier et même s’en délecter, il faut y aller soit extrêmement préparé à ce que l’on va voir, soit, à contrario, y aller en total ignorant. Pour savourer pleinement il faut y aller comme on irait dans un restaurant pour lequel on ne s’est jamais arrêtés pour regarder la carte mais dont les plats s’avèrent divinement bons. 

Très vite on s’aperçoit avec Aster et son troisième film que l’horreur s’affranchit des codes et même peut se risquer à un mélange de genre. Souvent déroutant, parfois loufoque à la limite du drôle voir du burlesque et, par moment, complètement flippant. On ne peut que saluer le génie et l’ambition d’Aster qui propose quelque chose de tout à fait nouveau  sans perdre de vue sa marque de fabrique : insuffler le malaise. Créer dans le malaisant déroutant une crainte. Quand avec «  Midsommar » qui s’éloignait déjà des codes de l’horreur, il nous proposait de l’horreur en plein jour, ici Aster nous propose de l’horreur par l’enfermement psychologique. En effet qu’est-ce que Beau is afraid, sans spoil? Très simplement l’histoire d’un vieux garçon d’une quarantaine d’années qui semble apeuré de tout, incapable de prendre des décisions dans sa vie qui a très clairement une relation très fusionnelle avec sa «  maman » qu’il doit aller voir pour l’anniversaire de la mort du père mort d’avoir éjaculé. Oscillant entre banal et dérisoire, on se rend assez vite compte grâce aux premières scènes que nous sommes très loin d’un scénario simplet au cours duquel il ne s’y passera pas grands choses. Au contraire nous sommes cueillis et subjugués par des évènements hallucinants d’un rythme fou qui donne le ton au film : Courses poursuites, mésaventures, hallucinations, craintes, enfermement psychologique. La vrai originalité de « Beau is afraid » c’est qu’il s’agit d’un film dont découlera plusieurs clefs de lecture et plusieurs interprétations sans qu’une soit plus juste ou légitime que l’autre. 

A mon sens, essayer de donner une seule explication et même finalement une explication rationnelle à ce film, c’est déjà se gâcher une bonne partie du plaisir. Aldous Huxley disait ( et repris par Jim Morrison) «  Il y a des choses connues, il y a des choses inconnues, et entre tout ça il y’a les portes de la perception » et bien je pense que c’est un peu la construction de «  Beau is afraid »ou Beau déambule entre souvenirs, pérégrinations, mésaventures irréelles, trip- ego trip. Quand Beau voit toutes ces choses irréelles proches de l’hallucination sans que jamais le film ne donne une réponse franche : Je pense qu’il s’agit là d’une projection de la dépression, de la folie de «  Beau ».  Enfermé dans une vie de dépression et incapable de choisir et même de vivre sans être effrayé, chaque difficulté est alors amplifiée voir cauchemardée. Dès lors les hallucinations/ mésaventures commencent dès lors qu’il doit se rendre auprès de sa mère et prendre un avion. Face à la difficulté Beau panique et hallucine. C’est d’ailleurs ce que sa mère lui reproche : De ne jamais réussir à choisir, de s’arrêter et même se pétrifier à la moindre difficulté et décevoir de par son inaction. Bien sur, sur ce versant là, la fin du film nous offre un duel mère-fils d’une puissance incroyable et d’un tragique digne de tragédie grecques. Il nous offre un visage de la mère impitoyable, malsain et castrateur qui enferme son fils dans une relation toxique pleine d’attente et claustrophobique.  

Somme toute «  Beau is afraid » est peut être une succession de mélange de vrais évènements et d’hallucinations et de réalité travestie par l’esprit malade de Beau qui, durant tout le film, crève l’écran de par son impuissance. Impuissance, mal-être, inaction à la limite de l’inertie parfaitement incarnée par Joaquim Phœnix qui ne cessera de nous épater et de donner relief et crédibilité aux personnages qu’il incarne. Le jeu de Phœnix est incroyable et déroutant. Les scènes de début seraient alors des hallucinations ou des hyperboles de la réalité face à son impossibilité de prendre l’avion. La course poursuite agression qui s’ensuit n’est peut être qu’une hallucination renforcée par la nouvelle de la mort tragique de sa mère. Si je puis me permettre  la vanne douteuse : c’est à ce moment là que Beau en perds la tête. Tout ce qui s’ensuit laisse planer toujours le doute et l’ambiguité et pou cela : Merci MR Aster. S’agit-il d’un enlèvement ? S’agit-il d’une adoption? Ce gentil couple avec une gamine complètement tarée sont-ils au service de la mère comme le serait le psychiatre ? Finalement  la question n’est jamais vraiment répondue puis s’ensuit une scène d’une quarantaine de minutes sur un décor loufoque en papier mâché de l’odyssée de «  Beau » qui ne sert pas à grand chose s ce n’est à nous perdre ET à nous pointer du doigt ce qu’on découvrira être une supercherie : Le paradoxe du mensonge de la mère. Je me suis longtemps questionné sur l’utilité de cette scène qui s’avère être un paradoxe à part entier : Comment BEAU peut-il perdre sa famille et la chercher toute sa vie durant si Beau, comme son père, ne peut pas donner la vie au risque d’en mourir d’un arrêt cardiaque/ jouissance ? Subterfuge de la mise en scène d’Aster pour nous faire comprendre le grand mensonge qui mène au dénouement. 

La où les scènes finales qui se présentent comme la fin du voyage pour Beau ( le retour dans la maison de sa mère) déploient toute l’horreur du film. On côtoie de nouveau une atmosphère angoissante ou la visage de la mère n’est plus aimant mais menaçant. On lève le voile sur les mensonges et on retrouve comme dans les autres films de Aster : une obsession pour les rites de sacrifices et le morbide glaçant. Aster à travers la mère évoque le sacrifice avec une banalité déconcertante tout comme la séquestration qui met en exergue évidente la folie de la mère. Folie de la mère qui nous fait penser à « Hérédité » ou à la folie qui s’abat sur nos américains en vadrouille de « Midsommar ». Et c'est de la folie qu'en découle la mort et la fin tragique bien que l'on puisse penser que la mort de « Beau » arrive bien avant le dernier plan.

Le génie du film est de concentrer dans sa toute fin, l'horreur, le frisson par le biais du visage maternel. Il n'est pas aimant, il est calculateur, manipulateur, revanchard, castrateur, étouffant et cruel. Il déforme la réalité au grès de sa déception et de ses attentes et enferme le spectateur dans le paroxysme de la relation malsaine et angoissante.
La dernière scène qui rappelle un peu les codes du procès et de la tragédie grecque fini d'achever le spectateur par la mise en scène habile d'Aster : on commence avec de l'eau ( le bain, les robinets, le souvenir du bain, la piscine de la croisière) et on termine avec de l'eau ( le lac que traverse Beau, le retour dans la maison de sa mère) déploient toute l'horreur du film.
La dernière scène( le lac que traverse Beau, l'arène ou la salle d'audience 2.0 aquatique, le bateau moteur qui coule) comme quoi rien n'est laissé au hasard dans la mise en scène chiadée d'Aster et son souci du détail et de l'esthétisme.

Beau is afraid c'est donc à mon sens un film dingue de par son ambition et ses prouesses et pour tout ce à quoi il s'essaye en réussissant eau/ haut la main. C'est un film captivant, ambitieux, déroutant, surprenant, angoissant et maitrisé. Brefje pense que c'est quitte ou double : on aime ou on aime pas mais à voir ne serait-ce que pour la prouesse visuelle de 3h!

Claudia_Chml
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le 13 mai 2023

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