/!\ATTENTION REVIEW ANALYSE FULL SPOILER /!\
ALLEZ VOIR CE CHEF D'OEUVRE AVANT DE LIRE CA MAIS SI VOUS L'AVEZ DEJA VU ET QUE VOUS VOULEZ DES EXPLICATIONS, FAITES VOUS PLAISIR !!
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Depuis Sinister, je n’osais plus trop aller dans les greniers, mais alors là… plus jamais j’y remets les pieds.
Pour moi, c’est un sans-faute d’Ari Aster. Le film est un véritable voyage mental, une descente dans les méandres de l’anxiété, du traumatisme, et surtout, du contrôle. On n’en sort pas indemne. Il est difficile de comprendre les propos à notre premier visionnage. On va alors voir ensemble ce qui pour moi sort de tout ce gloubi-boulga.
Le contrôle maternel : une prison invisible
Le cœur du film repose sur la relation entre Beau et sa mère, Mona. Elle incarne un contrôle absolu, une surveillance omniprésente. Tout est montré dès son arrivée chez elle : Chaque détail raconte une emprise totale. L’escalier est orné de photos de Beau enfant avec sa mère puis plus rien, à part une seule dernière de lui adulte dans son appartement, une scène que nous avons vu au début du film, lui debout en pyjama, apprenant la mort de Mona au téléphone. Elle le surveillait, même de loin. On peut d'ailleurs se dire que toutes ces photos représenteraient pour Mona, les moments forts qu'elle a partagés avec son fils, moments qui se sont arrêtés après l'enfance et dont le dernier est juste la tristesse de son fils pour sa mort, le dernier vrai sentiment qu'il a eu pour elle.
Une scène cruciale rend cette surveillance littéralement explicite : quand Grace lui dit de mettre une certaine chaîne, Beau découvre une vidéo de lui-même, filmé comme par une caméra de surveillance. Il remonte dans un premier temps la vidéo (Nous posant donc la question, "il est filmé depuis combien de temps ?"). Puis encore plus étrange, il avance la vidéo, jusqu’à découvrir la fin de son propre parcours, la fin du film. Ce moment hallucinant révèle que tout est prévu à l’avance, tout est écrit. Mona a organisé la vie de son fils et rien ne pourra changer ça, comme une œuvre scénarisée…
Et tout ceci n’est pas anodin : Mona dirige une entreprise de caméras de surveillance. Elle vend littéralement le contrôle. Voilà pourquoi on a des vidéos type surveillance, et voilà pourquoi Mona a eu la photo de Beau, on l'imagine alors se délecter à distance de la douleur de son fils.
L’amour conditionnel : emprise par compensation
Pourquoi Mona agit-elle ainsi ? Elle le dit elle-même : elle n’a jamais reçu d’amour de sa mère, aucune considération de personne. Elle prend alors une décision qui dans son cas est extrêmement égoïste, elle décide d'avoir un enfant pour être aimée inconditionnellement, mais en se contredisant, car tout cela sera basé sur un conditionnement de son fils. Elle devient le centre du monde de son fils. Elle tue le père de Beau le jour même de la conception, prétendant qu’il est mort à cause d’une maladie transmissible à l’orgasme. Ce prétexte destiné à terrifier Beau à l’idée d’avoir des enfants, et donc de donner son amour à quelqu’un d’autre.
Même l’histoire avec Élaine sur la croisière est une manipulation : elle lui laisse une photo et une promesse après l'avoir embrassé : "attends moi". Cette promesse, il la tiendra toute sa vie, par cette manipulation, Mona n'a plus qu'à s’assurer qu’ils ne se revoient jamais. Beau attend alors toute sa vie quelqu’un qu’il ne retrouvera jamais.
Un autre exemple est le personnage de Martha, nourrice de Beau et personnage bienveillant, qui en juste un petit flash-back nous présente une relation bien plus saine que ce qu'entretiennent Beau et Mona. Il n'est alors pas étonnant que ce soit elle que Mona tue pour maquiller sa propre mort. On peut très bien se dire qu'ici Beau perd alors probablement ce qui s’approchait le plus d’une mère aimante.
Car oui Plus Beau grandissait plus l'amour envers sa mère se muait en une crainte et malheur, à force de générer des peurs chez son fils et à le surprotéger elle a finit par se faire craindre elle-même.
Une société totalitaire : Mona, figure dictatoriale
Amour et contrôle sont alors intrinsèquement liés dans le film se muant en une toxicité extrême. On peut lier les deux en poussant l’analyse jusqu’à une lecture politique. Mona dirige une entreprise. Elle met son fils au-devant de la scène, on le remarque avec la frise chronologique chez elle retraçant l'histoire de sa multinational "Mona Wassermann", Beau en est l'égérie, car s'il avait besoin de produit contre l'acné pas de soucis Mona lui en crée un sans danger, pareil pour les médicaments et autre, il n'a jamais vécu autre part qu'entre les mains de Mona protégé de tout ce qui est extérieur à elle, tout ce qui est dangereux. Mais comme pour les photos, Beau disparaît de cette frise et de ces produits, ne reste que des photos de prix et d'une de journaux sur Mona. Ce "wall of fame" culminant avec une photo des employés de Mona qui ensemble constitue son visage, elle cherche un amour autre que Beau, mais il n'en est que superficiel, plus proche d'un culte de la personnalité qu'autre chose.
Tous les produits que Beau utilise donc portent sa marque : médicaments, nourriture, soins. Et ce, encore adulte, elle contrôle ce qu'il mange ?!? Même son immeuble lui appartient, elle le couve toujours, l'a dans son étreinte pour toujours. Elle contrôle jusqu'à son économie, expliquant pourquoi il ne pouvait pas prendre un nouveau billet d'avion, ni même une bouteille d'eau.
Le billet d'avion d'ailleurs est une mise en scène de Mona, comme je le disais l'immeuble lui appartient, son personnel aussi, voilà pourquoi ses affaires on disparue, Mona a organisé tout ça pour le punir des choses dites au psy qui bien sûr est lui aussi un employé de Mona. Cette emprise rappelle les logiques d’un État totalitaire. Le psy de Beau transmet des informations à Mona, on arrive donc à un point où même ses émotions ne sont pas à lui, on le prive de toute liberté même celle de penser. Il n’a pas d’argent, pas de libre arbitre. Il est l’homme sous régime dictatorial, et sa dictature, c’est sa mère.
Le psy et les gens de l'immeuble ne sont bien évidemment pas les seuls, il faut partir du principe que tout autres personnage autre que Beau travaille pour Mona, Élaine que l'on revoit à la fin lui dit d'ailleurs, mais nous pouvons compter Grace (on l'entend parler à quelqu'un au téléphone avant de dire à Beau de mettre la chaîne sur laquelle il se verra), le vendeur du magasin et juste l'entièreté des figurant/habitants, utiliser d'ailleurs les termes "acteur" et "figurant" ferait bien plus sens. Mais il y a peut-être un moment, un seul ou Beau ne se retrouve pas dans cette mise en scène de sa mère.
La scène du théâtre : fantasme d’une autre vie
En effet dans la séquence du théâtre, qui agit comme une mise en abyme du récit lui-même. Beau y découvre une version de sa vie qu’il n’a jamais vécue : un monde dans lequel il fonde une famille, est aimé, a des enfants… tout ce que Mona lui a interdit d’avoir. Cette séquence est capitale : elle représente l’idéal impossible, le bonheur interdit, le « et si » permanent qui hante les personnes écrasées par une autorité dévorante. Il s’agit peut-être du seul moment où Beau touche du doigt une idée de liberté, on remarque qu'il se rend compte que c'est sa vie, il est à deux doigts de se lever, mais ce n’est qu’une projection. Mais malgré cette vie projetée qui semble être libre, on se rend vite compte, qu'un élément négatif reste présent, je parle ici de l'eau
L’eau comme métaphore de la culpabilité
Une lecture très intéressante repose sur la symbolique de l’eau. Elle serait une représentation de la culpabilité, une culpabilité souvent tronquée dans le cas de Beau, mais qui est bel et bien présente. La fixette sur l'eau est montrée dès le début, Beau nourrit les poissons, geste anodin, mais premier lien avec l’élément aquatique. C'est directement suivi de son psy qui insiste sur les médicaments doivent être pris ABSOLUMENT avec de l’eau. Pourquoi une aussi grosse importance là-dessus, les médicaments seraient produis par sa mère ? Le culpabilisant à chaque prise ? Ou juste qu'il s'agit de médicaments pour l'aider face au trauma provoqué par sa mère, les oublié donc oublier sa mère en quelque sorte ? Libre au spectateur d'identifier la raison.
Or, l’eau est absente de son immeuble. Pourquoi ? Parce qu’à ce moment, Beau devrait se sentir coupable, il s'est fait voler ses clés et sa valise il ne peut pas se rendre chez sa mère, cette nouvelle ne lui provoquerai alors pas de culpabilité directe et donc (attention va falloir suivre) on remarque que juste après il essaie absolument une source d'eau dans son appart, il panique, il se met lui-même en danger pour aller en prendre, pour avoir de la culpabilité. Il lui faut cette culpabilité qui lui a été inculquée depuis la naissance, quand il s'est rendu compte qu'il n'en ressentait pas, qu'il était même plutôt soulagé de la situation, il panique et essaie absolument d'avoir de la culpabilité, c'est acquis, c'est un mécanisme chez lui.
Mais c'est quand la nouvelle tragique lui est apprise, à l’annonce de la mort de sa mère, l’eau inonde littéralement l’espace. Elle devient omniprésente. Il est rongé alors par cette dernière.
L’eau devient donc le fluide de la culpabilité, inculquée dès la naissance, il baignait dedans dans le ventre de sa mère. Tellement qu'il panique lorsqu’il se rend compte qu’il ne ressent pas de culpabilité et… culpabilise de cela.
L'eau n'est pas une métaphore de la culpabilité que pour Beau, le personnage de Jeeves, ancien soldat traumatisé qui aurait tuée son propre groupe, l'une des première fois qu'on le voit, saute dans l’eau lui aussi est recouvert de culpabilité, il s'en habille.
Nous pourrions d'ailleurs retrouver ça avec le suicide de Toni qui va boire la peinture bleue, écho avec l'eau, elle se suicide avec cette culpabilité et Beau ainsi que Grace en seront complètement recouvert, là aussi habillés.
La fin est donc une parfaite représentation de tout ceci, Beau se retrouve entouré de la culpabilité et sous toutes les attaques de sa mère, se retrouve submergé et fini par se noyer dedans, cette culpabilité factice, fabriquée, qui a eu raison de lui.
C'est bien beau de parler de culpabilité, mais Beau conserve aussi beaucoup de choses en lui et c'est à un endroit précis que nous le découvrons.
Le grenier : la masculinité comme monstruosité
Impossible d’ignorer LA scène qui choque tout le monde : celle du grenier avec ce monstre pénis géant (déjà, je ne m'attendais pas à écrire ça un jour dans ma vie). Le monstre phallique décrit par sa mère comme étant "son père" est enfait la représentation de la masculinité vécue comme un danger. Pour Beau, le sexe, la virilité, et plus grossièrement son pénis est un monstre qui pourrait le tuer (y a beaucoup de phrases que je ne pensais jamais écrire), conséquence directe de la narration toxique de Mona sur sa condition d'homme.
Dans le même espace, est enchaîné un autre Beau sa part refoulée, son courage, sa rage, le Beau rebel. Elle aussi réduite au silence, censuré par sa mère toute sa vie.
Le grenier est donc ici une représentation de la tête de Beau et de ses peurs, de ce postulat, Jeeves pourrait également incarner une facette brisée de Beau : le monstre que l’on devient quand on ne peut plus réprimer ce qu’on nous interdit d’être.
Un cycle mélancholique : une naissance inversée
La fin du film fait devenir le film une boucle parfaite sans pour autant être joyeuse. Après avoir tué Mona, Beau part en bateau et se retrouve encerclé de gradin avec un public, il est à son procès, Mona lui reprochant de ne pas l'aimer assez vu tout ce quelle a fait pour lui ce qui l'a poussé à falsifier sa mort pour le faire venir et lui faire subir toutes ses péripéties pour le punir. Ce qu'il faut remarquer, c'est que Beau meurt comme il naît. La première scène du film est la naissance de Beau, de son point de vue puis on entend Mona s'énerver et panique contre le médecin, car il ne respire pas et ne pleure pas, puis, non avons un plan sur Beau à l'envers ce prenant une fessée (une punition) ce qui le fait pleurer.
Comparons à la fin, Mona s'énerve contre Beau lors du procès lui reprochant tout et rien et le faisant culpabilisé pour chaque petite erreur qu'il a pu commettre, alors nous avons la scène de naissance inversée. Beau pleure et panique puis quand la punition s'apprête à frapper, le bateau se retourne le mettant à l'envers l'empêchant de respirer, se noyant sous les cris de Mona. Ces deux scènes sont un parfait miroir, débutant et finissant au même point.
Beau a été conçu dans la culpabilité et est mort dedans, tout est un cycle, celui prévu par Mona et Beau n'a pas pu s'en détacher.
Conclusion : Le spectateur dans le récit
Le summum du contrôle s’incarne dans la métafiction : le logo de l’entreprise « Mona Wassermann » apparaît au début du film, comme si c’était elle qui avait produit le long-métrage. Cette impression que Mona a tout scénarisé n'est alors plus juste une impression, mais bel et bien la vérité.
À la fin, Beau est jugé dans une arène. Le public regarde sa vie défiler à l’écran tout comme nous, spectateurs dans une mise en abyme glaçante. Mona a fait de la vie de son fils un film. Ce dernier commence précisément à la naissance de Beau et se termine après sa mort. Beau is Afraid devient littéralement le making-of du film que Mona a imposé.
Beau naît et meurt sous la domination de sa mère. Il n’aura jamais été libre. Et pourtant, Ari Aster nous laisse un film d’une densité folle, mêlant trauma intime, satire sociétale et cauchemar psychanalytique. Il y a encore plein de sous-texte que je n'ai ni abordé ni découvert, Beau is Afraid n’est pas un film bizarre : c’est un cri silencieux, il est bien plus que ça.