Trois heures d’errance dans un inconscient mutilé.

Ari Aster ne signe pas un film, mais un labyrinthe mental, un opéra paranoïaque, une autopsie de l’angoisse à travers le regard figé de Beau, un homme broyé par la culpabilité, la peur de vivre, la terreur de déplaire, et une figure maternelle omnipotente.


Psychanalyse en transe

Beau Is Afraid est une version trash et hallucinée du mythe d’Œdipe inversé : pas de meurtre du père ici, mais une impossible séparation d’avec la Mère, celle qui ne meurt jamais, qui voit tout, qui punit le désir et culpabilise l’existence. Beau est comme un Orphée qui n’a jamais quitté les Enfers, un Abraham paralysé qui n’ose ni tuer ni désobéir. Il est aussi Prométhée enchaîné, sauf qu’au lieu d’avoir volé le feu, il a simplement pensé à vivre pour lui-même et ça suffit pour être puni. La sexualité ? Un tabou radical. Le plaisir ? Un crime. Le choix ? Une illusion, tant la Mère régente tout : morale, destin, corps, punition.


Esthétique du délire maîtrisé

Visuellement, Beau Is Afraid est d’une richesse baroque. Chaque décor est un théâtre mental, chaque lieu un symptôme. La ville est l’angoisse collective. La maison est le piège affectif. La forêt est le refoulé. Le théâtre est la scène primitive. Et la chambre de la mère, bien sûr, le lieu du traumatisme fondateur. La mise en scène convoque Bergman, Gilliam, Kaufman, et même le jeu vidéo narratif, avec ses faux choix, ses cutscenes absurdes, ses NPCs dérangés. Mais tout est relié par une peur viscérale, une honte opaque, et une question en boucle : “Qu’est-ce que j’ai fait de mal ?” Même la musique est intrusive, angoissante, comme un surmoi sonore qui empêche toute échappée.


Une fable sans clé ?

Il n’y a pas de “fin à comprendre”. Il y a un inconscient à traverser, un trauma à vivre, une dépossession à éprouver. Aster ne cherche pas à être aimable. Il t’enferme avec Beau. Il t’empêche de respirer. Il te place dans la tête d’un homme qui croit que sa vie est une erreur, et que tout regard est un jugement. Et à la fin ? Un procès absurde. Celui de Beau, de nous, de tous les enfants qui ont cru qu’ils devaient quelque chose à leurs parents pour avoir simplement existé.


Verdict :

Beau Is Afraid, c’est le film monstre du cinéma post-psychanalytique. Un cauchemar matriciel où l’identité est piégée entre angoisse archaïque, culpabilité œdipienne et solitude millénaire. Un chef-d’œuvre exaspérant pour certains, libérateur pour d’autres.

Mais quoi qu’il en soit, c’est un film qui regarde en face la chose la plus terrifiante de toutes : la Mère toute-puissante qu’on n’ose pas haïr.

guipolgpl
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le 7 août 2025

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