Micro critique pour un film qui mériterait bien plus

A mon grand désarroi, je ne souhaitais que mettre une petite remarque déjà trop longue pour rentrer dans l'onglet "réactions", donc je me permets une critique "flash" juste pour pouvoir dire quelques mots sur cet excellent film.

Ari Aster n'hésite pas à flirter avec l'excellence, d'ailleurs, depuis ses débuts, des courts qui témoignaient déjà de l'art du coup de poing, de la mise en scène, de la composition de l'image, du choix de l'étalonnage, du rythme, sachant prendre le temps, poser une ambiance, et exploser dans une dérive vertigineuse si besoin.

Il prouve avec Hereditary que manier les tropes de l'horreur, il sait, danser avec le malaisant et le décalage étouffant, c'est une arme qu'il maîtrise, en pondant un des meilleurs films d'horreur-épouvante-angoisse-fantastique de sa génération.

Il réédite l'exploit avec l'excellentissime (et je pèse mes mots) Midsommar, qui n'est rien moins que le successeur du Wickerman originel que nombreux avaient singé, le genre "folk horror" ayant pu écrire ses lettres de noblesse grâce à l'enluminure que représente a posteriori The Wickerman (director's cut version cinéma de quartier, la plus complète et fidèle encore aujourd'hui, se plaçant au dessus de la dernière version Blu Ray qui loupe son coup à une scène près), et Ari Aster réussit à tutoyer le mythe tout en posant son univers, sa façon de filmer (la gestion d'une caméra numérique aura très rarement été exploitée avec autant de justesse).

Le problème, quand on a enchaîné deux perles aussi difficilement dépassable, c'est qu'on est attendu au tournant. Va-t-il savoir se renouveler, ou se vautrer dans du Ari Aster confortablement, en nourrissant les fanboys sans trop prendre de risque ?


Mais Aster, ne pas prendre de risque, ça n'a pas l'air d'être dans son logiciel interne, il ne sait pas. Et il débarque avec une sorte de road movie sur des notes de fuite en avant, en réussissant à nous emmener vers l'assurance que tout est dans la tête de Beau, puis nous guidant vers une logique Truman Show-ienne, au point qu'on se dise "bon bah si c'est ça, c'est déjà pas mal, mais je l'avais vu venir".... Mais si notre mémoire est un peu aiguisée, c'est plus vers Under The Silver Lake que nos analogies commencent à se tourner en même temps que nos tête, sous le vertige de ce mastodonte.


(on citera le final de Brain Dead pour les connoisseurs, dans l'un le père, l'autre la mère mais shhhhut, je lis toujours les spoilers alors évitons^^)


Parce qu'au final, on a droit à une oeuvre réalisé par monsieur Hereditary/Midsommar, qui se permet de singer Truman Show en guise de vraie fausse piste, tout en se baignant dans The Silver Lake (réalisé par mister "It Follows", au cas où il faille le rappeler), le tout empaqueté dans une maîtrise de la narration mariant non-dit et jouant du show don't tell avec brio, tout en alternant des parties narrative théâtrales au sens littéral, avec du huis-clos, du road movie du meilleur cru, celui de la fuite en avant, de l'humour grinçant, du mystère, de l'angoisse, de l'horreur, de la folie, et une performance de Joaquin Phoenix mémorable, n'en jetez plus, j'achète!!


Mais, comme dans tous ce qui est grand et a de l'ambition, ce qui est déterminé, décisif, il y a ce risque de diviser, de laisser des gens excités comme des puces sur le carreau, c'est un risque que Ari Aster prend depuis ses débuts, sauf que là, il est dans la lumière et le public attend des choses spécifiques de lui. Et dans la lumière, les ficelles sont visibles, identifiables.

Le fait qu'il s'accorde malgré tout une liberté totale plutôt qu'un cahier des charges me rassure, et Beau Is Afraid, dans sa poésie absurde, une symbolique fine qui glisse d'un coup à l'emporte pièce le temps d'une scène remettant sur la table notre lecture de l'oeuvre, dans son flirt avec la folie où la suspension d'incrédulité est malmenée, j'ai trouvé un film qui était digne d'une attention particulière.

Et tant pis s'il ne vous plait pas, je vous aime quand même.

Beau a peur, et sait nous communiquer même à travers sa timidité ses angoisses intimes.


toma_uberwenig
9
Écrit par

Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de cœur.

Créée

le 8 avr. 2026

Critique lue 15 fois

toma Uberwenig

Écrit par

Critique lue 15 fois

2

D'autres avis sur Beau is Afraid

Beau is Afraid

Beau is Afraid

3

Plume231

2399 critiques

Ouin-Ouin au pays de l'ennui !

Bon, pour commencer, je ne le dirai jamais assez, mais faites-vous votre propre opinion. D'autant plus que pour Beau is Afraid, c'est le genre de film qui m'apparaît comme soit on le kiffe...

le 26 avr. 2023

Beau is Afraid

Beau is Afraid

8

Kevideo

15 critiques

L'antre de la folie

Quatre ans après la sortie de Midsommar, Ari Aster soigne son retour avec un film absolument vertigineux. Mais vertigineux est ici à entendre au sens littéral : en élevant son ambition à une telle...

le 20 avr. 2023

Beau is Afraid

Beau is Afraid

4

lhomme-grenouille

2939 critiques

Beaucoup de beau pour rien

Putain trois heures .. C'est en pleine projection de ce Beau is Afraid que j'ai découvert ça, en consultant discrètement mon téléphone portable... ...Et j'ai eu mal. J'ai eu mal parce que, déjà, pour...

le 5 mai 2023

Du même critique

Invasion Los Angeles

Invasion Los Angeles

8

toma_uberwenig

289 critiques

Debord décrypté par un ex-catcheur

C'est de loin la meilleure, la plus claire explication possible de ce que Debord essaie de nous faire comprendre dans la Société du Spectacle. Bon, d'accord, les extraterrestres et les lunettes...

le 1 avr. 2011

The Wicker Man

The Wicker Man

10

toma_uberwenig

289 critiques

Come. It is time to keep your appointment with the Wicker Man.

S'il n'en restait qu'un, ce serait celui-ci, presque sans hésitation. Et je profite du fait que ce soit le 1er mai, date au centre de l'intrigue du film, pour me décider à en parler. Tout commence...

le 1 mai 2011

Si tu tends l'oreille

Si tu tends l'oreille

8

toma_uberwenig

289 critiques

Le temps retrouvé

Si vous abordez ce film avec les faux espoirs instillés par la bande annonce d'être confronté à un conte surnaturel, vous serez déçu. Et ce serait dommage, le film ayant beaucoup à offrir à ceux qui...

le 5 mai 2012