Plus récent film d’Ari Aster, réalisateur de Midsommar et d’Heredity. Un (très) long métrage qui nous parle de Beau, un adulte rencontrant quelques difficultés qui ne seront jamais nommées dans le film et qui doit assister à l’enterrement de sa mère dans un monde qui ne lui réussit pas.
Parlons déjà de ce qui frappe avant même que la séance ne débute : trois heures, c’est long. Je me souviens d’avoir trouvé que, malgré la réussite de Midsommar sur plein d’aspects, les deux heures et demie commençaient déjà à être un peu pesantes. Et ici ça ne manque pas, je trouve le film très long, un peu trop. Pourtant, dans l’ensemble, ça ne m'a pas choqué car l’ambiance s’installe peu à peu avec une première heure vraiment réussie, ça patauge un peu au milieu du film même si cette longueur reste à mon sens nécessaire à l’angoisse de ce dernier.
À partir d'ici, ça commence à spoiler. Ari Aster oblige, le film part dans des délires très spéciaux pour le moins qu’on puisse dire. Surtout que le film dès le départ nous met face à une réalité : on ne peut pas faire confiance à notre Beau national. Je trouve cette idée vraiment bien parce qu'ici, plus qu’un film qui joue avec nous ou qu’un cliffhanger nul oblige notre perspective à changer dans le dernier quart d'heure, on est prévenu dès le début que le bonhomme n’est pas très fiable. C’est très bien réussi et ça nous force à remettre en perspective constamment ce qu’on nous montre, justifiant au passage les délires visuels du film.
Beau se retrouve donc à subir le monde ou, plutôt, son propre monde. Le monde est méchant, certes, mais je pense par exemple que la scène de vandalisme de son appartement est assez révélatrice. Au lieu d’être la manifestation de sa malchance et de la cruauté du monde, il s’agit plutôt de ce que s’imaginerait un ermite reclus et effrayé de la société, comme conséquence s’il s’exposait au monde extérieur.
Bref, entre autres, le film parle pêle-mêle de notre rapport à la folie et aux maladies mentales, des traumas d’enfance et de comment ils nous façonnent, de la peur du jugement extérieur et de la culpabilité. Surtout, il traite de l’emprise parentale, cette thématique répondant à mon sens directement au premier film d’Ari Aster, Hérédité, qui lui aussi s’intéressait à la relation parents-enfants, cette fois-là à travers le poids de notre lignée et du traumatisme intergénérationnel. Et Beau is afraid, selon ma théorie, répond à Hérédité et donne une solution : il faut tout couper ! Car oui, dans Beau is afraid, la solution lui est littéralement théâtralisée, notamment avec une séquence magnifique en forêt. Il faut littéralement couper les liens avec nos parents et pas forcément d’une façon mauvaise, mais plutôt apprendre à se développer par soi-même pour enfin sortir de ce rôle de prisonnier-victime éternel, sortir de sa coquille pour s’épanouir et ne pas transmettre ce qu’on a subi à nos descendants.
Je n’en ai pas parlé jusqu’ici, mais le film, malgré sa longueur, est visuellement réussi. Je pourrais faire un pan entier sur les palettes de couleurs utilisées et l’étalonnage qui souligne chaque étape de son voyage. Plus généralement, l’esthétique du film est vraiment maîtrisée et on sent l’évolution du réalisateur et de son équipe sur bien des sujets avec des transitions magnifiques, des plans séquences avec des travellings si doux que le film nous bouffe littéralement les yeux.
Pour finir, le film a un côté super kafkaïen qui mériterait d'être creusé. Comme dans Le Procès, Beau est coupable d’un truc qu’il ne comprend pas, mais il finit par accepter sa sentence. Sa passivité, est son défaut. Là où les personnages de Hérédité se battaient contre des forces invisibles, Beau se laisse marcher dessus ce qui ne peut déboucher qu’à sa chute.