Republication d'une critique de 2017
J’ai longuement hésité, mais j’ai finalement opté pour parler du film, supposant que mon avis serait plus consulté… Alors que j’ai préféré le livre !!!
Vous savez donc déjà ce que je vous conseille plutôt...
Oui, Beaufort est une adaptation du roman de Ron Leshem, lequel a été écrit après avoir recueilli le ‘témoignage’ du personnage principal, qui a donc vraiment vécu ces évènements ‘historiques’. Et Leshem a servi de conseiller sur le tournage.
Le film est loin d’être mauvais ou infidèle, ce n’est pas mon souci. C’est une question de STYLE. L’écriture (formidablement bien traduite de l’hébreu) de Leshem est littérairement impressionnante. J’étais tellement immergée dans ce huis clos pourtant presque entièrement masculin / viril (?) que j’ai fait exprès de mettre plusieurs semaines à déguster le bouquin, faisant durer le plaisir (aucunement malsain ni masochiste) de retrouver l’atmosphère (certes claustrophobique) chaque soir, m’attachant aux soldats comme certains écrivains s’attachent aux personnages qu’ils créent, au point qu’ils fassent partie de leur famille, leurs amis, leur donnant ainsi presque corps, réalité. Une des magies de la fiction réussie…
Là, on n’est pas dans la fiction, preuve étant que cette réalité est pire !
On peut être engagé, patriote, fier, pacifiste, croyant, militaire jusqu’au bout de la baïonnette, on finit par se poser des questions et douter du bien fondé de certaines opérations, de la santé d’esprit de la hiérarchie, de la justesse de la cause…
Alors que reste-t-il pour sauver les meubles, un peu d’honneur dans ce désengagement, un minimum de justification à ces morts ? La camaraderie, la fraternité. L’humour…
Un reproche que je fais au film est qu’on ne ressent pas assez cette proximité, cette complicité, malgré quelques belles scènes. Et que les introspections du lieutenant Liraz ne sont pas aussi omniprésentes que dans le texte...
Si, quelque chose qui s’y trouve (car sur pellicule on a l’image et le son qui manquent dans les pages), c’est l’obsédant « hitsia », le cri d’alerte quand un obus va tomber. Je l’entends encore parfois dans mes oreilles, il m’assaille parfois sans prévenir :
« hitsia, hitsia » (pure retranscription phonétique, si quelqu'un sait exactement l'écrire ou ce que cela signifie, merci...)
Et surtout, ayant regardé « Beaufort » en DVD avec de bons bonus, j’ai pu y faire connaissance avec le vrai visage des protagonistes, qui témoignent a posteriori. Ah ce sont eux qui auraient dû être choisis pour s’incarner eux-mêmes !!! Je sais, ce que je dis est absurde. Et ceux qui sont morts, alors… Les acteurs ne sont pas mauvais, non, mais il y a dans le regard et les mots des vétérans tant d’émotion, de sens, de vérité, d’humanité, de souffrance, de traumatisme, que je n’ai pas pu m’empêcher de me dire que c’était impossible à interpréter, à jouer, si on ne l’a pas vécu dans sa chair et son âme…
C’est un constat à peu près identique qu’on retrouve dans les bonus de « Mémoires de nos pères » de Clint Eastwood, mais dans les entretiens avec les acteurs… paradoxe supplémentaire concernant tout ce qui touche à la guerre…
Pardon... tout ce qui touche au cinéma ?