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Before Sunset
Avec Before Sunset, les souvenirs amers se sont emparés des doux rêves et la naïveté romantique a pris le chemin d’une réalité mélancolique. Quelques années plus tard, Richard Linklater retrouve...
le 4 déc. 2014
Je suis sortie avec un gars une fois, beau cul belle gueule, génie autoproclamé, con promis.
José, qu’il s’intitulait, le bonne homme (parce qu’il était bonne, j’étais unanime là-dessus : il était même chaud comme un camion à churros, le gars).
D’ailleurs disons que je suis pas vraiment sortie avec, je l’ai sorti tout court, une unique fois, comme on sort le chien t’sais –juste pour bien montrer à tout le voisinage que « tavu j’ai un chien et même qu’il est ultra beau et que tu veux le même mais que c’est moi qui le tiens en laisse tavu tavu».
Par contre quand on sort avec moi, faut savoir que c’est pas le camp de vacances où tout fout le Camp(ing), genre Les bronzés amis pour la vie ou l’Elève Ducobu part en vacances.
Non, avec moi c’est plutôt le camp militaire, y a de la rigueur, y a du travail, eh ouai faut bosser mon gars ; avec moi, c’est comme en boite, à l’entrée je t’évalue avec un petit test, et c’est le genre de test que si tu-passes-pas-eh-ben-tu-rentres-pas-et-même-que-tu-sors (mais pas avec moi).
Allez, comme c’est Noël et qu’on est entre nous, je te briefe sur le fameux test : pas de casse-tête-casse-couilles à la Jigsaw (tu remarqueras ces belles références cinéphiliques), je te demande juste ton film préféré, histoire de déterminer si t’es plutôt branché Martin Scorsese ou Gérard Krawczyk. Dans le premier cas, t’es mon taxi driver et tu m’emmènes où tu veux ; dans le second cas, tu peux être sûr que je te roule sur la gueule avec mon taxi et que je fais soigneusement marche arrière pour te repasser 2, 3 ou 4 fois dessus (just to be sure).
Et José, contre toute attente, a passé le test avec succès : « BEFORE SUNSET » qu’il m’a répondu du tic-tac au tac après l’interrogatoire de rigueur. Du coup, même si ça faisait un moment qu’il me courait après à la salle de sport et que je l’envoyais bouler et biller, j’ai décidé de lui accorder un rendez-vous. Mais vraiment parce que c’était Noël.
J’avoue qu’en fait, ça m’intriguait un peu beaucoup, le fait qu’un mec bâti comme Mark Wahlberg puisse se déwahlbergiser face à un film comme Before Sunset, et que ce soit pas juste une technique de drague pour prouver que ok, c’était un homme, mais qu’il avait aussi des fêlures. D’ailleurs, j’avais insisté pour être bien sûre, mais il m’avait assuré qu’il adorait ce film : « NON, JE T’ASSURE, J’ADORE CE FILM, CA A ETE LE PREMIER OU J’AVAIS L’IMPRESSION DE VOIR QUELQUE CHOSE DE VRAI, DE SPONTANE, DE LIBRE COMME L’ART, TU VOIS. » (attention, minute poésie à la salle sport)
Je mets des majuscules parce que j’ai oublié de vous dire, mais le José, il était aussi loquace qu’un iench (son animal totémique, décidemment), c’est-à-dire qu’il savait pas parler à moins d’aboyer à la manière d’un bouledogue enragé. En plus, il avait cette horrible manie de détourner les proverbes en perdant le respect au virage. Tu sais, ces mêmes proverbes que ton Pépé, ton Papa, et ton Tonton se sont relayés pour te refiler en guise de morale quand t’étais gosse, comme s’ils rêvaient secrètement d’une carrière à la Jean de la Tainefon.
J’te jure, quand on est allé au resto, le serveur lui a demandé comment il prendrait son steak, il a lancé tout d’ego « RIEN NE SERT DE TROP CUIRE, IL FAUT SERVIR A POINT. » Et il en a remis une couche superposée quand le garçon est venu apporter le plat « AH, TOUT VIENT A POINT A QUI PASSE BIEN SA COMMANDE ! ». C’était pas drôle, ça faisait un peu pitié, du coup le serveur m’a coulé un regard dégoulinant de compatissance, le genre de regard qui dit « toi t’es un cygne, bordel kesketufou avec ce vilain petit connard ».
J’étais en train de me poser la même question, justement, parce que vraiment, d’habitude je suis le genre de fille qui respecte pieusement la règle sacrée du duc de Boulogne « Les aigles ne volent pas avec les pigeons. » (la base). Mais dans les instants de doute, je me raccrochais au fait que le film préféré de José Wahlberg, c’était rien de moins que Before Sunset, et que ça, c’était quand même hyper classe.
Donc je vous dis pas la puissance que doit avoir un film pour infuser la force mentale nécessaire pour supporter un tel calvaire : le diner passait plus lentement qu’un enterrement (cassededi Apollinaire), j’ai dû supporter des conneries dans le genre de « NO PAIN, NO BOURRELET » et « JE PENCHE DONC JE SUE » (José me racontait son régime et ses exploits sportifs).
Mais je me disais qu’il ne pouvait être foncièrement mauvais alors qu’il aimait autant Before Sunset, que c'était juste pas possible, et qu’il y avait forcément aiguille sous roche. A un moment, il est parti aux toilettes et m’a sorti avec un clin d'oeil: « COMME UN SOLEIL, JE M’ECLIPSE ET APRES ON IRA SE COUCHER. » (en référence à Before Sunset, sans doute).
Et ça, ce fut la goutte qui dépassait les bornes. Du coup j’ai eu envie de remettre les pendules sur les i, je lui ai dit « Tellement va la cruche à l’eau qu’à la fin tu me les brises. » Avant de filer aux chiottes, il a répondu dans un grand éclat de rire « PAS MAL, JE VAIS LA RETENIR CELLE-LA. »
Et ben tant était allée la cruche à l’eau qu’à la fin elle s’est cassée.
Sans demander son reste. Ni l’addition.
PS : La cruche, dans l’affaire, c’est moi hein. Parce que tu vois, Before Sunset est le genre de film tellement puissant qu’il m’a fait devenir conne le temps d’une soirée. T’imagines l’exploit.
[critique 2/2 écrite par mon ex; on a rompu mais je n'étais pas assez hargneux pour supprimer les 2 critiques qu'elle avait écrites depuis mon compte]
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Créée
le 19 févr. 2016
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