Belfast s’ouvre et se referme sur une collection de clips publicitaires soucieux de saisir la ville sous les angles les plus insolites qui soient – plans zénithaux, amples mouvements de drones, jeux de lumière… –, ce qui rend aussitôt sa démarche esthétique douteuse, impression qui n’aura de cesse de se confirmer une fois le récit en place. Car le long métrage est obsédé par la belle image au point de se méprendre sur l’art photographique : il ne s’agit plus ici de capturer des instants fugaces et mobiles mais de les recréer, pire d’organiser autour de tels figements un semblant de vie. Nous ressentons un malaise devant ce spectacle trafiqué qui peine à masquer l’artificialité de la reconstitution historique : il faut qu’un passant passe, affairé ou habillé en travailleur, dans l’espoir de conférer au quartier une animation à chaque plan forcée.


La transition, fort bien réalisée au demeurant, entre la ville d’aujourd’hui et celle d’hier se heurte à une suite d’images à la naïveté dégoulinante, jusqu’à la stylisation des émeutes qui ose même rejouer les codes du western. Kenneth Branagh ne dispose d’aucune distance critique ou artistique, il articule les unes à la suite des autres des scènes rapides qui ne laissent pas le temps aux personnages de s’incarner à l’écran, de revendiquer une quelconque épaisseur.


C’est que les personnages autant que le contexte politique intéressent moins le réalisateur que sa petite personne ; aussi le film est-il pétri d’orgueil et de prétention, à l’instar des références grossières aux précédentes œuvres du metteur en scène, de Thor (sur la couverture d’un comic book) aux deux opus minables adaptés des romans d’Agatha Christie (sur la couverture d’un livre) en passant par des citations de théâtre empruntées, on le suppose, à Shakespeare. Branagh se consacre cinéaste depuis l’enfance et légitime pertinence et puissance de son geste artistique… Qu’il est bien triste d’assister à ce tour de panzer d’un homme à ce point persuadé de son génie et qui, pourtant, a besoin d’un film-somme pour se le rappeler ! et nous le rappeler par la même occasion…


Alfonso Cuarón avait, en 2018, célébré Mexico et rendu hommage à son enfance dans le magnifique Roma ; Kenneth Branagh reprend la recette mais la fait à sa sauce, en résulte un mauvais film sur une ville qui n’est jamais regardée ni pour sa beauté intrinsèque ni pour celle des personnes qui se sont battues pour en préserver la dignité.

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le 16 févr. 2022

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