Quand le numérique devient de la poésie

Mamoru Hosoda est un cinéaste qui me fascine, qui m'a prouvé 3 fois qu'il sait faire des films qui me touchent, et j’attendais Belle plus que tout car le premier film que je pouvais voir au cinéma. Le soucis avec ce genre d'attente c'est qu'on est très vite déçu par le surplus de hype de par le fait que le réalisateur annonce avoir réalisé l’œuvre qu'il rêvait de faire réunissant toutes ses idées qu'il a pu développer et avoir auparavant, de par le fait que le film soit le tout premier film d'animation japonaise à être sélectionné en sélection cannoise (il y a eut Miraï ma petite soeur mais il était sélectionné à la quinzaine des réalisateur et pas tant dans une sélection officielle du festival de Cannes), ou encore que les bandes annonces en mettaient plein la vu. Et verdict: Le film est excellent.

Le film est visuellement grandiose. Cela est du à une animation 3D qui est sublime, assez lice pour paraitre attrayante, mais assez numérique et non photo-réaliste pour distinguer le standard de beauté réelle et informatique. Le tout est accentué par le travail des contours qui sont en rouge ou en bleu afin de rappeler les couleurs des images anaglyphes (quand on crée un effet 3D avec une image bleu et une image rouge) qui est vraiment très léger afin de ne pas agresser la rétine comme sur certaines scènes de Spider-Man New Génération. De son côté la réalité et le monde réelle est splendidement mis à l'image avec des tableaux montrant d'une part le côté froid et impersonnel, et de l'autre une nature qui est resplendissantes et délicate mais qui sait être dangereuse. On remarque à travers les graphismes une volonté de Mamoru Hosoda de rendre hommage à tous ces anciens films et de tous les réunir dans un film qui se veut le summum de son univers. On le voit lorsque l'on a, par exemple, un personnage qui sort d'une gare et va dévoiler un coin de ville qui va faire référence à la Traversé du Temps, un plan sur une porte donnant sur un jardin qui va rappeler un plan de Ame et Yuki les enfants loups, des scènes de vies en famille que l'on peut voir dans Miraï ma petite sœur, ou encore la présence d'une baleine lors d'un concert qui va rappeler Le garçon et la bête. Mais malgré tout cela, le film arrive à développer son propre univers et ses propres gimmicks avec par exemple un chien amputé d'une pattes, ou encore un travail du conte originel de la Belle et la bête qui appelle à avoir un Gaston et des soldats où l'on pourra réfléchir à un design original. Cette originalité va aller jusque dans la mise en scène et le travaille de l'animation qui va innover et proposer des choses encore jamais vu. L'animation 2D japonaise qui, d'habitude, va pour aller le plus fluidement possible, va ici, au contraire, par moment, chercher à avoir le moins de frame possible, avoir le moins de mouvement possible, parfois à la limite de l'image fixe posé sur plusieurs secondes, afin de créer un malaise et accentuer le naturel d'une scène. On trouve cela surtout dans des scènes humoristiques où la caméra va se poser dans un coin, filmer ses personnages et ne jamais s'arrêter de tourner lors de moments où les personnages se regardent de manière gêné, ou lorsque l'on a un personnage embarrassant qui traverse lentement le cadre pour créer un comique de situation diablement efficace. Cette nouvelle technique est aussi utilisé dans les combats afin de créer des variations dans les phases de combats. A un moment où l'on a un combat au poing et au blaster, un personnage va pour briser un combat lisse et assez convenu, prendre une barre de fer, aller hors champ, et éclater la gueule de ses adversaires hors champ avec des bruitages violents (similaire à ce qu'on peut trouver dans les productions Xilam) avec un plan fixe extrêmement long où l'on a que le son, et où aucun moment du combat n'est montré afin de développer l'imagination du spectateur. Il y a milles et unes idées pour réunir tout l'univers de Mamoru Hosoda, mais aussi pour crée un tout nouvelle univers. Malgré tout il y a des scènes qui, par contraste, sont un peu plus pauvre en idées de mises en scènes, et se retrouvent à faire presque tâche tant le film fourmille d'idée. Il y a notamment trois moments: La création de l'avatar de Suzu qui est assez statique et peu intéressantes, une scènes avec des voiles blancs qui sont finalement pas utilisés et c'est fort dommage, et la scène scène de danse entre la Belle et la Bête qui s'ouvre sur une transformation très maladroite pouvant presque penser aux power rangers. Malgré tout, le film est splendide et n'a que de bonnes idées. Le tout se concrétise au scénario car là aussi, cela veut brasser toutes les thématiques de Mamoru Hosoda.

Belle est un film qui parle de la famille quand celle-ci vole en éclat et des effets psychologique que cela peut engendrer (Ame et Yuki et les enfants loups), mais aussi de la manière qu'ont certaines personnes de se reconstruire en fuyant le réelle (Le garçon et la bête) et de l'importance d'internet pour certains car c'est un outil de communication brisant toutes les barrières (Digimon et Summer Wars). A cela Hosoda ré-utilise habilement ces gimmicks d'écritures comme l'image de la bête et de la créature qu'il faut apprendre à écouter et comprendre pour grandir et s'épanouir, la relation dysfonctionnel père fils(ou fille) à cause de la figure paternelle violente ou pas assez à l'écoute, ou encore le voyage initiatique qui permet à une personne de grandir et de surmonter ses angoisses. Le conte de la belle et la bête sert alors à faire le parallèle entre la culture et l'intelligence qui se réfugie dans un château en fuyant l'ignorance, et le monde de l'internet où l'on peut chercher à fuir une vision trop idéaliste et propre du monde pour se recentrer et pouvoir casser l'image sociale que l'on se forge pour mieux extérioriser des traumatismes. C'est un film généreux qui veut raconter énormément de choses. Cependant, à vouloir tout raconter, le film oublie par moment d'être limpide et de montrer l'essentiel.

On sent que le film a manqué de temps, que le film aurait pu/du durer plus longtemps, et qu'il a fallu abrégé certaines scènes ou raccourcir certains points du scénario pour conclure et aller jusqu'au bout de leurs idées. Du coup on passe à la trappe certains personnages qui auraient mérités plus de développement, on n'explique pas des éléments de l'univers qui mettent à mal notre suspension d'incrédulité, et on ressors avec des questions dont on ne devrait pas se poser. S'il y a des questions très bête sur comment marche U et comment font les personnages pour voir dans le jeu et dans la vie réelle, il y a des questions beaucoup plus dérangeante sur la hiérarchie dans U.


On nous présente un Gaston bête et méchant qui fait la police dans cet univers virtuel qui nous est d'abord présenté comme vide de hiérarchie, alors comment ça se fait que cette personne soit arrivé à être là où il est, avec des gardes du corps et une armée ? Ok il a une arme extrêmement dangereuse, comment ça se fait qu'il a cette arme ? C'est une arme qui permet de révéler l'identité des gens dans U et qui fait supprimer l'avatar par le seul fait que l'identité a été révélé. S'il est "logique" que U supprime toute personne révélant sa véritable identité pour montrer un univers qui oblige et conditionne à façonner une image sociale et fantasmé de soit même afin de fuir la réalité et éviter que d'autres utilisateurs soient confrontés à un élément de réelle, pourquoi Suzu arrive à se retransformer ? Comment ça marche ?
Je profite du fait d'être en spoiler pour parler du personnage de Gaston, je trouve un peu dommage que l'on ait pas développer plus Gaston et qu'on ait pas cherché à nous donner des pistes sur qui peut être Gaston dans le monde réelle.


Enfin, et ce serait le défaut principale du film, la fin est trop expéditive. A vouloir prendre le temps de poser l'univers, développer les personnages, faire en sorte que tout le monde soit bien écrit, on oublie de faire avancer l'histoire en fond, et l'on retrouve à tout expliquer de manière assez maladroite et rushé, ce qui donne une déjà une fin qui peut paraitre extrêmement bancale pouvant rester sur sa faim. A cela s'ajoute un nouveau propos de fond qui n'a pas été développé avant et que le réalisateur peine à rendre crédible et consistant tant le film traite cela dans les 15 dernières minutes du film, et oubliant certains propos qui ont pris une bonne place dans le récit.


Tout le film traite du fait que Suzu ait perdu sa mère étant petite car celle-ci a décidé de sauver un enfant au milieu d'un fleuve risquant de se noyer. Tout le drame réside dans le fait que la mère a abandonné Suzu pour une enfant qui, de base, allait être sauvé par les pompiers quelques instants plus tard, transformant la mission de sauvetage de la mère en une véritable mission suicide. On nous montre que cette histoire est importante, qu'elle est le cœur du film car étant la raison du malêtre de Suzu, la raison pour laquelle elle n'arrive plus à chanter, pour laquelle elle se connecte à U... et ce n'est que très vaguement traité. On parle du besoin de s'ouvrir et de communiquer pour trouver des personnes pouvant comprendre notre souffrance, mais on ne comprends pas tant si Suzu a compris pourquoi sa mère s'est sacrifié, ni ce qu'elle aurait pu comprendre en sauvant la bête. Les histoires parlent de deux sujets différents, mais le réalisateur semble vouloir créer un lien qui ne marche pas vraiment, et qui laisse perplexe face à une conclusion pouvant être simple qui se retrouve inutilement alambiqué et maladroit.


Au final Belle est un film se voulant le condensé de tout le travail de Mamoru Hosoda, que ce soit en terme d'écriture ou de graphisme. Une apogée qui peine peu être à aller à l'essentiel, mais qui se focalise assez sur les sentiments pour faire oublier les erreurs techniques. Mamoru Hosoda n'a pas réussit à faire le film parfait mais qu'il a la maestria pour y arriver. Belle est une évasion vers le rêve et la fantaisie qu'il ne faut surtout pas manquer en salle à sa sortie.


17,5/20


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Le 30 août 2021

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2 commentaires

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Sergent_Pepper
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Behind_the_Mask
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lugdunum91
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