Comme j'accorde souvent une importance excessive aux critiques de cinéma professionnels, je me force à ne pas regarder leurs avis avant d'aller voir un film. Mais cette fois, le verdict général d'Allociné avait attiré mon oeil par hasard: 1,7/5, de quoi être un peu, voire beaucoup, voire complètement dubitatif.
Et pourtant.
Parce que Ben Hur n'est pas aussi mauvais qu'on veut bien le dire, je suis sorti de la salle avec un sentiment de satisfaction, voire d'agréable surprise. Certes pas une grande oeuvre, loin s'en faut, mais tout de même deux heures de divertissement potable sur la forme, et un fond un poil plus exigeant que la plupart des blockbusters hollywoodiens de l'été.
Ceci étant dit, il faut reconnaître que cette profondeur vient assez largement du matériau de base, à savoir "la plus grande conversion au christianisme de l'histoire du cinéma", comme l'appelle Libération. Je suis un grand fan de la saga Ben Hur, des muets du début du siècle dernier jusqu'à la superproduction de 1959. Dans cette nouvelle version, le mythe christique tient une place tout à fait respectable, quoique nettement moins subtile que dans l'oeuvre de William Wyler: il est montré à visage découvert, et la célèbre scène où il abreuve le héros multiplie les lourdeurs pour être sûr que le spectateur, une heure plus tard, comprenne bien que quand Judah donne de l'eau à Jésus, il y a un effet miroir. Le fait que, y compris dans la VO, le grade de centurion soit remplacé par "capitaine" confirme un sentiment que j'éprouve dans beaucoup d'autres domaines: on nous prend pour des andouilles.
Mais passons, c'est un autre problème.
Dans la panoplie d'archétypes critiques du cinéphile, on trouve la production médiocre mais parsemée de quelques "fulgurances". De façon assez originale, c'est l'inverse qui se produit ici: le film n'est pas trop mauvais, mais connait des pics d'amateurisme, voire des moments nanardesques de toute beauté. La coiffure de Morgan Freeman (qu'il faudrait mixer avec ses sourcils dans The Dreamcatcher pour avoir le boss final des délires capillaires), et l'évasion de Ben Hur (je ne vous la spoile pas, mais sachez qu'elle implique un plan rapproché sur une demi-douzaine de plantes de pieds en eau libre) en sont les exemples les plus marquants.
Hollywood ne nous a pas habitué à de tels manques de professionnalisme, surtout dans une production à 100 millions de dollars. On dirait qu'une première équipe s'est chargée du scénario et du tournage de façon assez plan-plan, avant de laisser la place à une autre qui a retoqué le scénario n'importe comment, bâclé ce qu'il restait à réaliser et fait le montage à la tronçonneuse. Nous venons de passer là sur les défauts généraux du film: l'histoire est bourrée d'incohérences, la réalisation est quelconque et le récit souffre donc d'autant plus (parce que son modèle dure 210 minutes) du mal des films actuels qui feraient n'importe à leurs bobines plutôt que de dépasser les deux heures.
Néanmoins, vous l'avez compris, j'ai de la sympathie pour ce film, à plus forte raison parce qu'il est injustement bashé par la critique et va probablement être un bide financier. On veut nous faire croire que sa date de sortie est un jour qui restera dans l'histoire de l'infamie artistique, mais il n'en est rien: c'est un film tout à fait oubliable, rendu intéressant par la richesse du matériau dont il est tiré, et le traitement volontairement nouveau. Pas toujours réussi, mais nouveau quand même.