Benedetta surprend assez vite. Le film est vraiment solide, mais il commence par des moments qui peuvent dérouter, notamment les apparitions de Jésus au début. C’est un peu kitsch, parfois même franchement too much, mais ça finit par faire partie intégrante du charme du film. Verhoeven ne cherche pas à lisser ces scènes ni à les rendre “respectables” : il les assume telles quelles, et une fois passé ce premier étonnement, on comprend que ce ton un peu excessif va irriguer tout le reste.


Très vite, ce qui prend le dessus, c’est la tension. Elle est là quasiment tout du long, installée à coups de regards, de silences, de petites manœuvres internes au couvent. Le film avance moins par grands rebondissements que par une accumulation de micro-conflits, de soupçons, de rapports de force. On est constamment sur le fil, à se demander si Benedetta croit vraiment à ce qu’elle vit ou si elle joue un rôle, et surtout jusqu’où tout ça peut aller.


L’ambiance est clairement l’un des gros points forts. Le couvent n’est jamais filmé comme un lieu sacré idéalisé, mais comme un espace clos, étouffant, traversé par le désir, la jalousie et la peur. Les scènes du quotidien — les soins, les prières, les discussions à voix basse — renforcent cette sensation de huis clos, où chaque geste peut être interprété, jugé, retourné contre quelqu’un.


Ce qui est assez appréciable, surtout pour un film aussi frontalement religieux, c’est l’absence de symbolisme lourd et appuyé. Verhoeven ne cherche pas à transformer chaque plan en métaphore. Les choses sont montrées de manière directe, parfois crue, parfois presque naïve, et ça rend le film beaucoup plus vivant. La foi, le doute, le désir ne sont pas théorisés, ils sont vécus, souvent de façon contradictoire.


Le film est aussi très clair sur le côté politique de la religion. Les décisions ne sont jamais seulement spirituelles : elles sont économiques, stratégiques, liées au pouvoir et à l’image. Les figures d’autorité ne sont pas là pour incarner le mal ou le bien, mais un système qui cherche avant tout à se préserver. Et là-dessus, le film est malin : il aborde ces enjeux sans se transformer en pamphlet, sans essayer d’être plus intelligent ou plus profond qu’il ne l’est.


Au final, Benedetta fonctionne parce qu’il accepte ses excès, ses zones floues et ses contradictions. Il mélange le sacré, le charnel et le politique sans jamais chercher à tout expliquer ou à tout justifier. C’est tendu, parfois dérangeant, souvent captivant, et ça tient le spectateur du début à la fin sans se perdre dans un discours pompeux ou moralisateur.

antogoniste
8
Écrit par

Créée

le 6 janv. 2026

Critique lue 16 fois

antogoniste

Écrit par

Critique lue 16 fois

D'autres avis sur Benedetta

Benedetta

Benedetta

7

Plume231

2403 critiques

Shownuns!

Alors un de mes réalisateurs préférés dirigeant dans un rôle principal une des actrices préférées, autant le dire, Benedetta était une de mes plus grosses attentes de l'année ̶2̶0̶2̶0̶ 2021...

le 12 juil. 2021

Benedetta

Benedetta

4

Jb_tolsa

304 critiques

Tétouffira

C'est Brigitte. Elle est vive d'esprit, et au moyen âge, les filles vives d'esprit finissent violées ou au bûcher. Habile, son père la sauve de ce destin tragique et la place dans un couvent contre...

le 7 janv. 2023

Benedetta

Benedetta

8

KingKaiju

177 critiques

Pilonner le blasphème par le God

Paul Verhoeven est un éternel franc-tireur. Un crucifieur de la bienséance. Un provocateur controversé. Son cinéma reprend sa place d’instrument de libération bien décidé à s’absoudre des...

le 12 nov. 2021

Du même critique

Benedetta

Benedetta

8

antogoniste

45 critiques

oh oui ma sœur !

Benedetta surprend assez vite. Le film est vraiment solide, mais il commence par des moments qui peuvent dérouter, notamment les apparitions de Jésus au début. C’est un peu kitsch, parfois même...

le 6 janv. 2026

Le Roi Soleil

Le Roi Soleil

4

antogoniste

45 critiques

le film qui aurais pu être roi

j'étais assez intrigué par le film rien qu'avec le synopsis et les quelsques extrais vues sur internet, et je dois avoué que c'est une petite déception, rien qu'avec le premier bourgeois tu vois déja...

le 27 déc. 2025

Richard III

Richard III

10

antogoniste

45 critiques

c'est pas bien d'être méchant

En lisant Richard III, tout commence par une mise au point franche. Richard annonce la couleur : il va mentir, manipuler, éliminer tout ce qui se dresse entre lui et la couronne. Pas de surprise, pas...

le 15 déc. 2025