En lisant Richard III, tout commence par une mise au point franche. Richard annonce la couleur : il va mentir, manipuler, éliminer tout ce qui se dresse entre lui et la couronne. Pas de surprise, pas de faux suspense. Et pourtant, ça fonctionne immédiatement. On sait ce qu’il prépare, on le regarde faire, et on continue de tourner les pages.


L’intrigue s’enchaîne à un rythme impressionnant. Frères, héritiers, alliés encombrants : tout disparaît les uns après les autres. Chaque avancée se fait par la parole, par des promesses calculées, par des discours publics parfaitement huilés. Richard gagne rarement par la force, presque toujours par le langage. Et ce qui est troublant, c’est qu’on finit par admirer cette efficacité, même quand elle sert des actes franchement ignobles.


Il y a un moment, en cours de lecture, où quelque chose bascule. On ne devrait plus supporter Richard, et pourtant, on est toujours là avec lui. Pire : on commence à espérer que son plan fonctionne, qu’il réussisse encore un coup de plus. Non pas parce que l’histoire cherche à le rendre sympathique elle ne fait absolument rien pour le racheter mais parce que c’est lui qui porte tout. Les autres personnages passent, résistent, s’indignent, puis disparaissent. Richard, lui, reste, avance, parle, agit.


Cette proximité est dérangeante. On se surprend à être de son côté, pas moralement, mais narrativement. Quand il affronte ses ennemis, quand les complots se resserrent, on ressent presque de la tension pour lui. Et c’est là que la pièce est particulièrement forte : Shakespeare ne nous flatte pas, il nous piège. Il nous laisse apprécier un monstre sans jamais le justifier.


Plus le pouvoir s’installe, plus le ton change. Les certitudes de Richard se fissurent, les menaces se multiplient, les fantômes arrivent. Ce qui était un jeu de contrôle devient un poids. On sent que la mécanique qu’il a construite commence à l’écraser. Et même là, alors que tout s’effondre, l’attachement ne disparaît pas complètement. On assiste à sa chute avec une forme de fascination, presque de regret, alors même que le texte nous rappelle constamment ce qu’il a fait.


La fin ne cherche aucune rédemption. Elle est sèche, brutale, sans gloire. Richard n’est ni pardonné ni compris, simplement rattrapé. Et c’est précisément ce qui rend la lecture aussi marquante : on ressort avec le malaise d’avoir suivi, encouragé parfois, un personnage odieux, sans que l’œuvre ne nous tende la moindre excuse pour l’avoir fait.


La pièce fonctionne comme ça : on avance avec Richard, puis sans lui, et quand tout s’arrête, on referme le livre avec l’impression d’avoir lu une trajectoire implacable, efficace, sans détour inutile. Pas besoin d’en faire plus : Shakespeare raconte l’ascension et la chute d’un type brillant et odieux, et ça suffit largement à tenir le lecteur.

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le 15 déc. 2025

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