Qui n'a jamais rêvé de larguer d'un seul coup son bullshit job pour faire quelque chose de sympa à la place ? Il faut dire qu'en la matière, nos deux personnages étaient bien servis : pour lui marketing dans une boite de publicité, pour elle agente administrative chargée de " l'accueil " des étrangers à la préfecture d'Aix en Provence. Et les voici qui deviennent bergers, lui d'abord, elle qui le rejoint ensuite. Ça ressemble à une sorte de conte de fées et c'en est en quelque sorte un. Même si le film est tiré d'une histoire vraie, dont Félix-Antoine Duval, québécois comme le personnage Mathyas, a tiré un bouquin dans lequel il narre sa propre histoire. Mais on ne m'ôtera pas de l'idée que le film est probablement quelque peu romancé.
Mais après tout, peu importe. A travers les expériences, souvent difficiles mais parfois radieuses, de Mathyas et d’Élise, la réalisatrice nous propose un regard plutôt acéré sur le monde rural d'aujourd'hui. Le monde rural des petits éleveurs, en l'espèce, avec ses difficultés économiques, ses petites exploitations qui périclitent, ses exploitants qui vieillissent et ne peuvent assurer leur succession. Et aussi ses positions généralement plutôt tranchées sur divers sujets comme les normes environnementales, les fonctionnaires chargés de les appliquer, les prédateurs (le loup) qui déciment, plus ou moins leurs troupeaux. Avec une jolie galerie de personnages secondaires (qui sont bien plus crédibles que ceux de "Petit paysan"), râleurs, grandes gueules, mais souvent attachants, car chaleureux et généreux, du moins tant qu'ils ne pètent pas un câble...
Étant question dans la seconde partie du film d'un transhumance, le spectateur pourra également se régaler de superbes images de montagne, mais aussi de troupeaux de brebis qui lorsqu'elles marchent en rang serré font penser à la mer qui ondule. Et, si le film ne propose guère de réponses, sinon individuelles, à la crise existentielle que connaissent nombre de citadins aisés pas plus qu'à la crise sociale et économique que connaissent les petits agriculteurs, il n'en reste pas moins un objet cinématographique beau, sympa et intelligent. Beaucoup moins triste qu'un "Au nom de la terre" par exemple, et qui parvient à déclencher l'émotion sur de simples scènes de troupeaux en mouvement.