C'est lointainement adapté du fameux roman éponyme sorti en 1929 d'Alfred Döblin... que je n'ai pas lu. Fassbinder en avait fait en son temps une extraordinairement longue adaptation (15 heures 30) pour la TV allemande... que je n'ai pas vue on plus.
Cette nouvelle adaptation du bouquin de Döblin a donc excité ma curiosité. Elle est le fait d'un cinéaste (me souffle-t-on dans l'oreillette) germano-afghan nommé Burhan Qurbani, lui-même aidé du scénariste Martin Behnke. Découpé en cinq parties, le film dure 3 heures 3 minutes et personnellement je n'ai rien contre les métrages dans lesquels on a vraiment le temps de s'installer et s'imaginer vivre pourvu, naturellement, qu'on ne s'y ennuie pas.
Je ne me suis pas ennuyé. Le film nous expédie, non pas dans le Berlin des années 1920, mais dans celui d'aujourd'hui, et ça ne m'a absolument pas gêné. Je n'ai évidemment établi aucune comparaison avec le bouquin lui-même ou l'adaptation, sans doute assez fidèle, qu'en avait fait Fassbinder, puisque je ne connaissais ni l'un ni l'autre.
Loin de moi l'intention de vous résumer les trois heures de projection. Elles tournent essentiellement autour de deux, puis trois personnages : Francis / Franz, un "réfugié" (il a horreur du terme) sans passeport ni papiers, originaire de la Guinée-Bissau (un petit État africain proche du Sénégal), Reinhold, un Allemand de la pègre berlinoise, qui trafique dans la drogue et sous l'emprise duquel Francis tombe rapidement, et enfin Mieze, une jeune prostituée allemande qui va être amenée à s'occuper de Francis et avec qui celui-ci va avoir une vraie histoire amoureuse. Dans le film, Reinhold est le mauvais génie de Francis, alors que Mieze essaie plutôt de l'aider à s'en sortir. Autour de la constitution de ce trio, gravitent un certain nombre de personnages secondaires qui, tous, participent plus ou moins à la pègre du Berlin d'aujourd'hui, mais quand même, le film reste très centré sur Francis, Reinhold et Mieze. L'intrigue est construite autour d'eux, ils sont quasiment toujours à l'écran.
Alors on peut faire plein d'objections au film, sur le fond comme sur la forme. Je n'ai pas envie d'entrer là-dedans. Le film dure trois heures, mais je ne suis jamais sorti de l'histoire qu'il raconte, je l'ai suivie jusqu'au bout avec intérêt. Je pourrais émettre des réserves sur les aspects techniques de la réalisation, mais moi, je privilégie presque toujours le contenu et ici, je trouve la scénarisation, la simplicité de son découpage, plutôt bien faites. Donc, dans l'ensemble, j'ai plutôt aimé ce Berlin Alexanderplatz. Je ne regrette pas d'être allé le voir. Je suis sûr de ne pas avoir perdu mon temps. Les qualités du film sont, je pense, moins visibles que ses défauts, mais si j'ai pris plaisir, un certain plaisir, à suivre son déroulement, c'est que ces qualités existent bel et bien et que c'est pour ça qu'on regarde le film avec une attention aiguisée jusqu'à l'épilogue (que je ne vous raconterai pas) et même jusqu'au générique final.
J'ai hésité au moment de le noter. Techniquement, ce n'est sans doute pas un très bon film ; par contre, l'histoire est bonne, lourde de sens et servie par un casting assez fascinant.