La première séquence de Bienvenue à Marwen déconcerte : en ce qu'elle ressemble, par son atmosphère et son décor de Seconde Guerre Mondiale à un prolongement de son Alliés, mâtiné de réminiscences de Flight et des images de son avion, qui pique du nez pour ensuite se crasher dans la réalité d'une vie qui échappe finalement à tout contrôle.


Du pur Robert Zemeckis, quoi, que l'on retrouve encore une fois au sommet de son art, à la barre d'une histoire faussement simple et touchante, qui continue d'expérimenter, de disserter et de questionner tant son rôle de narrateur que de metteur en scène. Voir Steve Carrell photographier son terrain de jeu et ses acteurs de plastique avec minutie et jouer avec la lumière de ses cadres, pour raconter son passé et donner corps à des projections d'un futur idéal n'est, bien sûr, pas anodin.


Tout comme il se joue avec malice des paradoxes, ayant encore une fois recours à sa MoCap pour animer "seulement" des figurines qui, au premier coup d'oeil, peuvent apparaître rigides et peu réalistes. Puis on réalise que certaines parties du visages de ces poupées se montrent ultra crédibles, que les transitions entre la vie de Mark et ses projections miniatures sont d'une fluidité à couper le souffle.


Le tout au service d'une intériorité fracturée, candide dans son approche, ce qui provoquera sans doute, une fois de plus, des aigreurs d'estomac aux peine-à-jouir du site, mais surtout, intime et touchante. Le monde où se réfugie Mark, en effet, s'il fait d'abord figure de havre de paix et de catharsis, porte aussi en lui la malédiction et la violence d'une prison où la seule fenêtre, miniature bien sûr, n'est ouverte que sur la répétition d'une seule et unique scène de souffrance, d'impuissance et d'humiliation.


Et d'une certaine forme de culpabilité et de pathétique dans le regard des autres. Coincé entre une attirance pour les chaussures de femme, symbole ultime d'une déification naïve totalement déconnectée du machisme tendance ultra affiché par l'avatar de plastique, et son goût pour ce que beaucoup continuent de considérer comme de simples poupées Barbie pour enfants. A ce titre, montrer Mark traîner partout avec lui sa jeep et ses figurines, comme un gamin mettant dans une carrette ses jouets préférés, sonde le coeur du spectateur entre connivence nostalgique et sentiment qu'il serait peut être enfin temps de passer à autre chose.


Mais la magie du récit joue ici à plein, tout comme l'attachement éprouvé envers Mark, tout aussi maladroit que tragique, violent en forme de spasmes incontrôlables comme il peut être capable de la plus infinie tendresse.


Ce personnage atypique met en scène son environnement proche, uniquement féminin, de la plus belle des manières, tout aussi archétypale que tendre, onirique et en forme d'hommage à son importance dans une vie qui ne sera, à l'évidence, plus jamais la même.


En forme de thérapie à travers l'art, en forme de message d'acceptation d'une différence depuis longtemps futile, qui fait tout le charme de l'autre en même temps qu'un poids culpabilisant parfois impossible à supporter. Une thérapie qui passe par l'art et la poésie d'un film orchestré de main de maître par un Robert Zemeckis qui n'aura pour seul défaut que de se citer de manière beaucoup trop maladroite, le temps d'un final qui n'en avait nul besoin.


Le reste, ce n'est que du tout bon. Bienvenue à Marwen est en effet une oeuvre qui vibre d'un souffle de vie et de simplicité qui éclaire déjà le début de cette année 2019 et qui donne envie de s'abandonner à une rêverie douce. Au léger accent de village belge en forme d'exutoire charmant à la condition de survivant. Un village dont on ne voudrait tout simplement plus repartir...


Behind_the_Mask, Figurine Dream.

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le 8 janv. 2019

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