Big Brother réalisé et interprété par Jackie Chan, occupe une place singulière dans sa filmographie. Le film s’éloigne nettement du modèle qui a fait son succès au milieu des années 1980. Il ne s’agit plus ici d’un enchaînement de scènes d’action, mais d’un projet plus ample, plus construit, qui accorde une place importante à l’ambiance et à la narration.
On retrouve une structure plus linéaire, une attention portée aux personnages secondaires et une tonalité mêlant comédie et émotion. Le film cherche clairement à s’inscrire dans une tradition narrative différente de celle du film d’action hongkongais.
Le film croise deux fils narratifs principaux : L’histoire de Charlie, incarné par Jackie Chan, un jeune homme naïf qui, par une suite de circonstances complètement improbables, se retrouve propulsé à la tête d’une organisation criminelle. Et l’histoire d’une pauvre vendeuse de roses qui a fait croire à sa fille vivant au loin qu’elle est riche. Tout va bien jusqu’au jour où sa fille vient lui présenter son fiancé et sa belle-famille. Ces deux histoires se mêlent et impliquent des criminels et un policier particulièrement stupide, incarné par l’un des grands complices de Jackie Chan : Richard Ng.
Le film se distingue par son travail de reconstitution. Il s’inscrit dans le Hong Kong des années 1930, avec un soin particulier apporté à la réalisation, aux décors, aux costumes et à l’atmosphère générale. Cette dimension visuelle prend une place inhabituelle dans le cinéma de Jackie Chan.
L’influence du cinéma américain classique est perceptible, le film s’inspire du film de Capra : Milliardaire pour un jour. Les roses remplacent les pommes, le contexte est différent mais il s’agit de la même ligne narrative de fond.
Les scènes d’action, bien présentes, sont moins nombreuses et davantage espacées. Elles ne constituent plus le cœur du film, mais viennent ponctuer un récit plus large. Elles sont d’autant plus marquantes et particulièrement spectaculaires : Jackie Chan plane, saute, voltige, fait de l’équilibrisme, tombe, encaisse les coups au milieu d’un charivari propre à son univers. On ne peut oublier qu’on est dans un « Jackie Chan ».
Big Brother apparaît ainsi comme un film dans lequel Jackie Chan tente de déplacer son cinéma. Il n’abandonne pas l’action, mais l’inscrit dans un cadre où le récit, les personnages et l’univers prennent une importance équivalente. Le résultat témoigne d’une volonté d’élargir son registre.