Quand j'ai vu Bird au cinéma. Nous étions quatre. Au moment du traditionnel compte-rendu d'après séance, nous étions divisés. La moitié a aimé le film et l'autre moitié ne l'a pas aimé, tout en lui reconnaissant des qualités indéniables. Ils n'ont pas aimé la violence qui découlait de ce film, violence tant sociale que physique à certains moments. Ceci étant, j'avais beaucoup aimé cette première interaction avec le cinéma d'Andrea Arnold.
Quelques mois sont passés depuis mon visionnage, et je dois dire que cette œuvre reste toujours dans mon esprit. Quand je vois un oiseau se poser et s'envoler, j'y repense. C'est toute la force de ce film.
Bird est un film à la croisée des chemins. Il s'ouvre sur Bailey, qui contemple des oiseaux, sur un pont bizarrement grillagé. Bailey se trouve à l'intérieur de ce grillage, les oiseaux, à l'extérieur. Le ton est donné, ce film sera sur une jeune fille ayant la volonté de s'émanciper, de partir, bref, de s'envoler. Ce moment de calme est brusquement coupé par l'arrivée tonitruante d'un homme sur une trottinette, on comprendra plus tard qu'il s'agit du père (compliqué à comprendre en premier lieu vu l'aspect immature du personnage de Keoghan). Du calme des oiseaux au chaos familial et social, il nous faut donc cinq minutes et cette superbe scène d'ouverture pour saisir le métrage.
J'ai utilisé à la "croisée des chemins" car le film va continuer d'alterner moment de calme et moment de chaos, entre douceur et violence. Surtout avec l'arrivée du personnage de Bird. Véritable figure fantastique, étrange et calme. Son arrivée fait passer le film dans une dimension fantastique s'apparentant au réalisme magique. Le temps s'arrête à chacune de ses apparitions à l'écran, pour devenir, petit à petit, un échappatoire pour Bailey ainsi que le spectateur.
Les autres protagonistes ne sont pas en reste et sont au cœur d'une réalité sociale dure, montrant une Angleterre bien loin des quartiers ouest de Londres.
Concernant la réalisation, le style d'Arnold, très dynamique, caméra à l'épaule, sert complétement le propos du film et est complètement pertinent pour retranscrire le chaos ambiant. Pourtant, je ne suis pas un grand fan de ce style, comme en témoigne ma certaine aversion pour Paul Greengrass. Andrea Arnold est donc venu me bousculer dans mes certitudes.
Même plusieurs mois après, je me souviens du film, des certaines scènes marquantes, qu'elles soient dures, douces ou encore drôles. Car oui, le film est drôle. Je ne citerai seulement l'idée géniale du père d'adopter un crapaud produisant de la drogue quand on lui chante la bonne chanson commerciale des années 2000, c'est hilarant.
La bande originale est aussi bien moins présente que je ne l'aurai pensé. Adorant Fontaines DC, j'avais peur que le film soit un pastiche des films jukebox à la Edgar Wright. Bien évidemment, il n'en ai rien.
Entre réalisme social dur et violent et douceur magique, entre onirisme et éveil brutal, Bird est un grand film, un bijou. Une œuvre marquante parcourant tant de sujets intéressants comme le rapport à la famille, aux amis, à la jeunesse ou encore à la classe sociale. Je conseille à tout le monde de regarder Bird, que vous aimez ou que vous n'aimez pas, c'est un film qui ne laisse pas indifférent. Comme en témoigne la scène finale, troublante d'émotions et de vérité, le tout sur du Cotton-Eyed Joe. Oui, Andrea Arnold sait tout faire.