La surprenante vertu de l'ignorance
"Incroyable" C'est ce que je me suis dit une fois Birdman terminé. Le nouveau long métrage d'Iñárritu a bel et bien mérité sa nomination pour l'Oscar du meilleur (il ne serait d'ailleurs pas surprenant qu'il en soit récompensé) tout comme Iñárritu lui même pour sa nomination du meilleur réalisateur, tout comme Michael Keaton pour sa nomination du meilleur acteur, et j'en passe ( neuf nominations au total pour les Oscars 2015 )...
Tout au long de ce (faux) plan-séquence de 2h, on ne peut que s'identifier au personnage principal, Riggan Thompson (campé par Keaton), et comme lui, on a du mal à différencier la réalité de la fiction, à discerner le vrai du faux, tant le film alterne passages surnaturelles et WTF (dominés par une bande son à base de batterie très puissante et très prenante), et passages plus que naturels dans leurs mise en scène.
L'histoire, qui paraît au premier abord, assez simpliste, ne l'est absolument pas au contraire. L'histoire que nous dépeint Iñárritu est celle d'un ancien acteur, très connu dans les années 90, qui, vingt et quelques années plus tard, cherche à renouer avec sa gloire passée, à renaître de ses cendres, en montant une pièce de théâtre à Broadway. Mais pour se faire, il doigt affronter ses démons, et c'est alors que l'on assiste aux tourments de cet acteur qui se réfugie dans l'alcool, le sexe, la drogue, qui semblent être son unique échappatoire, car son combat apparaît comme étant perdu d'avance.. Son plus grand souhait est d'avoir à nouveau sa gloire d'antan, et sa plus grande crainte est simplement le passage à l'anonymat. Cette obsession l'amènera à différencier l'amour de l'admiration.
La mise en scène tient de la perfection, puisqu'il s'agit là d'un plan séquence de deux heures, en réalité truqué, où il est assez compliqué d'y déceler les coupures. La caméra flotte, virevolte, suit les différents personnages, sans interruption, ce qui rend le déroulement du film très linéaire et est véritablement appréciable. Mais pour la mise en scène, pas la peine d'en dire plus, voyez par vous même!
Niveau acteurs, le réalisateur s'est entouré d'un casting de choix : Edward Norton, Emma Stone, Zach Galifianakis, Naomi Watts (ainsi que Keaton, bien évidemment) et bien d'autres! Chaque interprète est surprenant, chacun a une personnalité et un jeu très fouillé, même si certains apparaissent peu à l'écran. La direction est des plus méthodiques, et c'est tant mieux. Encore une fois pas besoin de s'étaler, au risque de spoiler, voyez par vous même!
Bref, Birdman est un grand film, Alejandro Iñárritu, tout comme un chimiste, dose son film à la perfection, afin que le rendu final soit sans défaut, sans bavures. Un film unique, une leçon de cinéma, les mots manquent pour décrire ce chef-d'oeuvre.
"les critiques sont devenus critiques parce qu'ils n'ont pas réussi à devenir artiste, tout comme les mouchards sont devenus mouchards parce qu'ils n'ont pas réussi à devenir soldat" Edward Norton, dans Birdman