À la fin des années 90, le cinéma de Hong Kong tirait ses dernières cartouches avant la rétrocession, et Daniel Lee en a profité pour balancer un ovni cyberpunk complètement schizophrène. En produisant Black Mask, l'inépuisable Tsui Hark voulait prouver à l'Occident qu'on pouvait mélanger le film de super-héros noir, la science-fiction militaire et le burlesque cantonais sans demander la permission à personne.
Sur le plan technique, la caméra hyperactive de Daniel Lee donne parfois le vertige, mais elle sublime littéralement la grâce athlétique absolue de Jet Li. Habillé comme le Kato de Bruce Lee, l'acteur enchaîne des chorégraphies d'une brutalité inouïe qui relèguent les productions d'action standardisées au rang de simples échauffements. Pourtant, derrière la violence stylisée et cette superbe atmosphère pluvieuse de néo-noir, Black Mask cache une genèse chaotique qui a profondément abîmé son montage et massacré son identité sonore lors de son exploitation occidentale. Entre un casting secondaire prisonnier d'un surjeu d'époque et un scénario qui change de ton comme de chemise, l'œuvre conserve un secret de fabrication fascinant qui explique ses pires défauts narratifs.
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