Le MCU est un phénomène à part. On n’avait jamais vu au cinéma autant de films reliés entre eux et dont la finalité est d’avoir un cheminement épisodique qui rappelle les séries télévisées. Malgré quelques exceptions, les réalisations sont si méconnaissables que l’on pourrait inter-changer les réalisateurs sans savoir qui a fait quoi. Sans juger de cet aspect, un vent de lassitude a parcouru de nombreux spectateurs à travers le monde. Cela étant, les Marvel continuent de cartonner au box-office, leur sortie fait toujours autant parler et si l’on juge les derniers films en terme de notation, on atteint quelque chose de plus qu’honorable. Le dernier en date, Black Panther de Ryan Coogler, est un énorme pari du studio et s’inscrit dans une logique d’ouverture. Casting presque exclusivement noir, un réalisateur noir : de quoi se doter d’un film bien différent des anciennes productions Marvel.
Un des plus gros problème du MCU justement, c’est qu’une bonne partie des films du studio sont finalement très oubliables et ils possèdent tous la même architecture scénaristique. Black Panther aussi est extrêmement semblable aux autres épisodes dans sa construction et dans le développement psychologique de ses héros. Cependant, je reste persuadé que ce film fera date, davantage qu’un Doctor Strange ou Homecoming. L’ambiance africaine du film apporte un vent de fraîcheur à la saga et on pourra se féliciter de cet aspect novateur. Visuellement il y a quelque chose aussi. Autant Thor Ragnarok a pu décevoir certains au vu des bandes annonces prometteuses, autant Black Panther pourra réjouir les plus indécis. Les costumes, les maquillages et les décors proviennent réellement de la culture africaine ; lorsque l’on connaît le budget du film j’en suis le premier étonné et réjoui d’un tel effort de diversité. Pour rester sur les points positifs du film, j’ai bien aimé les méchants du film et leur traitement. Klaue est un sadique psychopathe bien déjanté et Killmonger a une sacrée classe, ça faisait un moment qu’un méchant Marvel n’avait pas eu autant de charisme.
Malgré ces points positifs et cette fraîcheur, je n’ai pas accroché au film. A l’image de Wonder Woman qui promettait monts et merveilles sous couvert d’être réalisé par une femme (et qu’on allait donc avoir un film totalement différent), Black Panther ne m’a pas fait oublier que l’on était dans un Marvel. Et en disant ça, je ne critique pas le fait que ce soit un Marvel, mais bien que l’on ait affaire à un film extrêmement prévisible et attendu scénaristiquement parlant. Tout se lit à l’avance et il est difficile d’être surpris. On pourrait me rétorquer que c’est déjà le cas avec une quantité incalculable de films (dont les précédents Marvel), mais c’est un peu la goutte d’eau qui fait déborder le vase, surtout que c’est avec ce film là que j’attendais de la nouveauté.
Pourtant, si le film m’avait plu sur des aspects que je vais maintenant développer, j’aurais très bien pu passer outre ces défauts et apprécier le film. Mais c’est là où la dimension des goûts fait surface et que l’on peut difficilement parler d’objectivité. En premier lieu, je n’ai pas aimé les personnages, mis à part les vilains. T’Challa est lisse comme jamais et c’est difficile de lui trouver une personnalité, sa sœur est le personnage comic relief du film et mis à part ses blagues on n’a pas droit à grand chose. On ne parle pas de la mère ou de l’oncle du héros qui sont très oubliables. La musique, quant à elle, est vraiment adaptée au film et à l’ambiance générale de Black Panther. Pourtant, mis à part deux ou trois thèmes bien sympathiques, je n’ai pas ressenti une grande variété dans la bande-originale. J’ai eu le sentiment d’écouter peu ou prou la même musique du début jusqu’à la fin. Au niveau du Wakanda, bien que ce soit joli d’un point de vue architectural et que le train est franchement bien vu, j’ai trouvé ça assez impersonnel et pas assez développé. J’aurais bien apprécié en savoir (et en voir) davantage. Sur le côté ambiance très farfelue et colorée, j’ai aussi eu des difficultés à m’y faire mais là on parle plus de goûts personnels. A l’image d’un Ant-Man, ce sont des univers qui ne me correspondent pas visuellement et artistiquement parlant.
Sur le plan technique et scénaristique, ce film pourra combler de nombreux amateurs du genre ou justement réhabiliter certains avec le genre héroïque. Cet esprit d’ouverture est tout à fait louable et il est selon moi bénéfique d’avoir ce genre de production dans un espace hollywoodien de plus en plus homogène.
Néanmoins, malgré cette impression de nouveauté on a toujours les mêmes choses qui reviennent et les facilités sont nombreuses. Marvel had a dream, et l’a réalisé en écrasant toute concurrence sur son passage. Cela étant, ce n’est pas sûr que ce fût le rêve de tous.