On l’attendait comme une relecture plus intime et féministe de l’univers Marvel. Black Widow, censé offrir à Natasha Romanoff le film qu’elle méritait enfin, accouche d’un blockbuster aussi tiède que paresseux.
Scénario ? Quel scénario ? L’histoire tient sur un timbre-poste, bourrée de facilités narratives et dénuée de la moindre tension dramatique – on connaît déjà le destin de l’héroïne, donc la promesse de danger sonne creux. L’introduction, censée poser les bases émotionnelles, échoue lamentablement, oscillant entre le ridicule involontaire et la platitude téléfilmique.
Visuellement, ce n’est pas beau, voire franchement laid. La photographie terne donne l’impression d’un épisode de série câblée fauché, la réalisation se contente du strict minimum syndical, et les rares tentatives d’envolée émotionnelle sont ratées de chez ratées. On sent bien que personne ne croit réellement à ce qu’il filme.
Les scènes d’action ? Un désastre. Mal calibrées, illisibles, parfois même risibles dans leur montage brouillon. Les effets spéciaux flirtent avec le vomitif, et l’ensemble respire le recyclage industriel d’un concept Marvel pressé jusqu’à la dernière goutte.
L’humour infantile, mal dosé, surgit toujours au pire moment, désamorçant systématiquement ce qui aurait pu ressembler à un enjeu. Et pendant ce temps-là, les Russes parlent anglais entre eux avec l’accent de Yakov Smirnoff, parce que pourquoi pas.
Côté casting, c’est le règne du lisse. Scarlett Johansson fait ce qu’elle peut avec ce qu’on lui donne (pas grand-chose), Florence Pugh hérite d’un rôle d’ado sarcastique cliché, et Rachel Weisz (de 14 l’aîné de Scarlett… Cherchez l’erreur !) semble s’être perdue sur le plateau. Seul David Harbour, en père ringard et bedonnant, s’en sort avec une dose de second degré salvateur. Mais même lui ne parvient pas à sauver le film de l’ennui massif qui s’installe dès la première demi-heure.
Le message féministe ? Il est là, en théorie. En pratique, il se dilue dans des tenues affligeantes, des punchlines bancales et une narration qui oublie que libérer une héroïne ne consiste pas juste à lui donner la tête d’affiche. Le méchant, sorte de cliché soviétique sur pattes, est bête comme ses pieds, tandis que l’antagoniste principale est tellement sous-exploitée qu’elle en devient presque conceptuelle.
Bref, pas de climax, pas d’émotion, pas de vision. Juste un long tunnel d’ennui, entrecoupé de CGI fatigués et de blagues gênantes. Black Widow n’est pas un film, c’est un produit, et il en a toutes les saveurs : fade, formaté, et déjà périmé.