Heated Rivalry
7.3
Heated Rivalry

Série HBO Max (2025)

Voir la série

Comment une série sortie presque en catimini a-t-elle pu devenir, aussi vite, un objet de culte, avant même la diffusion de son dernier épisode ? Heated Rivalry est de celles qui désarçonnent par leur évidence : tout y est juste. À tel point qu’on en vient à se demander pourquoi on ne voit pas plus souvent ce genre de miracle à l’écran.


Dans un monde saturé de cynisme et de récits anxiogènes, la série réussit l’exploit rare d’être profondément feel good sans jamais sombrer dans la facilité ou la mièvrerie. Une œuvre lumineuse, sincère, presque apaisante, et pourtant d’une intensité émotionnelle remarquable.


  • L’histoire, tout d'abord : une lente évidence

La progression de la relation entre Shane et Ilya est tout simplement fascinante. Rythmée par les saisons de hockey, elle épouse le temps long, la frustration, l’attente. À tel point qu’on en vient presque à se demander comment ils font pour ne pas chercher à se revoir plus vite, et cette frustration devient la nôtre.


La première moitié de la saison, il faut le dire, ne brille pas par la densité de ses dialogues. Mais c'est loin d'être un défaut : les deux premiers épisodes pourraient être presque muets que tout fonctionnerait encore. L’essentiel est ailleurs, dans les silences, les gestes, les regards.


L’épisode 3 peut dérouter en cassant le rythme initial, mais il s’impose rétrospectivement comme une pièce indispensable du puzzle. Quant à l’épisode 5, il marque un point de bascule émotionnel majeur, avant que le dernier épisode, véritable point d’orgue, ne vienne faire écho aux toutes premières promesses de sincérité échangées au cottage.


  • Le jeu d’acteur : une alchimie rare

Cela faisait des lustres que je n’avais pas vu une incarnation aussi profonde et habitée. Tout fonctionne entre eux, mais genre absolument tout. Les mots, les gestes, les scènes d’intimité, mais surtout les regards. Ces regards où tout se joue bien avant que les dialogues n’interviennent.


Il se dit que les deux acteurs sont devenus meilleurs amis dans la vraie vie. Comment aurait-il pu en être autrement ? Aucun ne cherche à éclipser l’autre. Chacun sert le jeu de son partenaire avec une générosité rare. C’est de la magie, tout simplement.


Mention particulière à Connor Storrie, absolument bluffant. Même sans être russophone, on y croit totalement. Son monologue en russe dans l’épisode 5, ce qu’il confie à Shane sans que celui-ci ne comprenne, relève du pur cinéma. Et conclure cette scène par un « Je t’aime » en russe est d’une justesse désarmante, d’autant plus inattendue que tout semblait préparer Shane à craquer en premier. Un contrepied subtil, intelligent, bouleversant.


Les deux jeux sont parfaitement mesurés : Shane dans l’intériorité, Ilya dans une assurance décontractée… jusqu’à ce que, dans les derniers épisodes, les armures se fissurent. Le final permet d’ailleurs à Ilya de reprendre pleinement son aplomb, notamment face aux parents de Shane.


  • La réalisation : le triomphe du regard

Apprendre que la série a été tournée en seulement 37 jours laisse pantois. Le travail sur la photographie est tout simplement remarquable : chaque plan est d’une beauté presque transcendantale. Certains cinéastes établis devraient sérieusement s’en inspirer.


La réalisation parvient à capter avec une finesse exceptionnelle ces jeux de regards intenses où tout se dit avant même les mots. Des motifs visuels reviennent d’épisode en épisode, renforçant la sensation de continuité et la puissance du lien entre les deux hommes.


La bande originale joue également un rôle essentiel : elle accompagne les personnages au fil des années, offrant de précieux repères temporels en complément des dates affichées. Une BO discrète mais profondément signifiante.


  • Politique, tendresse et maturité

La série aborde avec intelligence, sans lourdeur, la question de l’homosexualité dans le sport de haut niveau. Ilya évoque indirectement les risques pour lui si leur relation venait à être connue ; Shane, ceux pesant sur leur carrière. Le sujet reste, hélas, d’une brûlante actualité.


Mais ce qui frappe le plus, ce sont les gestes de tendresse, simples, non surjoués. Il y a entre eux une alchimie immédiate, rare, presque organique, ce genre de vérité que le cinéma et les séries ne captent que trop rarement.


  • Et après ?

On peut évidemment se demander si la saison 2 sera à la hauteur, et surtout si elle saura éviter le piège du « drame facile ». Une série qui se regarde sans craindre constamment que tout finisse mal, est-ce vraiment trop demander aujourd’hui ?


À ce sujet, une interview de Jacob Tierney m’a marqué : certains critiques ont reproché à la série qu’« il ne s’y passe rien ». Difficile de ne pas y voir une profonde incompréhension de son ambition artistique. Et tant mieux si la saison 2 s’inscrit dans cette même aura bienveillante.


Qu’elle se fasse attendre n’est finalement pas un problème. Si elle est aussi qualitative que la première, je suis prêt à patienter le temps qu’il faudra.


  • En résumé

Si je devais résumer Heated Rivalry en quelques mots : c’est beau.

À tous points de vue.

ArnaudCDrmnt
10
Écrit par

Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de cœur.

Créée

le 27 déc. 2025

Critique lue 727 fois

ArnaudCDrmnt

Écrit par

Critique lue 727 fois

16

D'autres avis sur Heated Rivalry

Heated Rivalry

Heated Rivalry

10

ArnaudCDrmnt

83 critiques

What the fuck is going on here ?

Comment une série sortie presque en catimini a-t-elle pu devenir, aussi vite, un objet de culte, avant même la diffusion de son dernier épisode ? Heated Rivalry est de celles qui désarçonnent par...

le 27 déc. 2025

Heated Rivalry

Heated Rivalry

4

QuEstCeQuOnMate

25 critiques

50 nuances de glace et d'ennui

Heated Rivalry s'inscrit dans cette lignée de productions qui misent tout sur l'esthétique et le "fantasme" au détriment d'une véritable écriture dramatique. Si le pitch de la romance clandestine...

le 30 janv. 2026

Heated Rivalry

Heated Rivalry

9

Penro

50 critiques

Give me your eyes, I need sunshine...

J'avoue sans honte avoir découvert la série par des shorts YouTube – profusions de beaux abdos et de regards embrasés, l'algorithme sait où aller me chercher. Et, faible que je suis, je démarre la...

le 21 déc. 2025

Du même critique

Heated Rivalry

Heated Rivalry

10

ArnaudCDrmnt

83 critiques

What the fuck is going on here ?

Comment une série sortie presque en catimini a-t-elle pu devenir, aussi vite, un objet de culte, avant même la diffusion de son dernier épisode ? Heated Rivalry est de celles qui désarçonnent par...

le 27 déc. 2025

Assassin's Creed Odyssey

Assassin's Creed Odyssey

9

ArnaudCDrmnt

83 critiques

Mieux qu'une mise à jour...

Avec les précédents opus plus ou moins heureux, d'aucuns étaient en droit de croire à une simple mise à jour de Origins, genre la version 1.5 avec le même moteur, les mêmes décors et le même...

le 9 oct. 2018

The Fall

The Fall

10

ArnaudCDrmnt

83 critiques

Alerte ! Chef d'oeuvre !!

Je ne sais pas à quand remonte mon dernier coup de coeur pour une série, mais celle-ci, trouvée complètement par hasard avec mon abonnement Netflix (merci pour une fois les propositions en fonction...

le 22 févr. 2016