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On m'a vendu ce film comme un relatif miracle du cinéma hollywoodien contemporain. Je n'ai même pas vu le film de 1982, j'aborde donc cet opus avec une virginité intacte.
Il est effectivement plutôt étonnant de voir des plans de plus de dix secondes dans un film américain, de laisser le temps aux ambiances d'émerger, aux acteurs de jouer, autant d'éléments qui dénotent une certaine personnalité bien rare dans les grosses productions. Il me semble que le film tire toute sa force de son aspect visuel, ces monochromes successifs, ces jeux d'ombres, son minimalisme sensoriel qui m'évoque une phrase qui revient souvent sous la plume du philosophe Bernard Charbonneau : dans les villes modernes, la nature ne se rappelle à nous plus que par la pluie et le vent. On ressent avec une très grande force la pesanteur des matériaux bruts, béton, verre et acier, d'une terre stérile perdue dans les ombres, aussi stérile que la vie vécue par les protagonistes : un enfer de bruits, d'images, de néons — et de vide. Un monde où il est plus simple de tomber amoureux de ChatGPT que d'une vraie femme, semble-t-il ! Tout y a des proportions prodigieuses, et pourtant, il n'y a rien à voir nulle part, tout est lisse.
Peut-être un peu trop. Même dans les ruines, la poussière ne se lit qu'en négatif : pour montrer qu'un personnage était allongé ici et n'est plus là. Je ne saurais dire si la netteté trop parfaite de cette image doit contribuer ou non au sentiment d'enfermement qui se dégage du film, à moins que celui-ci ne m'évoque que trop bien un sentiment que la vie contemporaine me laisse de plus en plus fréquemment au fil du temps. La caméra-objet reproduit la réalité de façon objective. La course aux hautes définitions enferme la fiction, ne faisant que reporter l'acuité de notre vision sur des objets, des couleurs et des lumières irréelles, et par là, manquant cette matérialité, cette granularité qui distingue le paysage peint du paysage vu en lui donnant un quelque chose de plus où se distingue la main de l'artisan. Une image imparfaite du réel comme de l'irréel nous fait sortir de notre vécu sensoriel quotidien pour que l'on puisse pénétrer dans un ouvrage.
Pour le reste, ce bel habit d'un désespoir sans fond, qu'accompagnent fort bien des nappes de synthé planantes et atmosphériques, parvient un peu à faire oublier les grosses ficelles d'un film malgré tout étroitement pris dans le cahier des charges des grosses productions américaines : problèmes de paternité, "je combats pour mon peuple" (mais quel "peuple" au fait ? ce mot a-t-il perdu à ce point de sens ?), violence gratuite, méchant bizarre et pas tellement méchant en soi, "qu'y a-t-il de plus humain que de combattre pour une cause juste ?" (mais en quoi cette cause est-elle juste ? et pourquoi il y aurait-il des justes et des injustes ? est-ce que la masse des gens qui ne font que vivre leur vie n'est pas humaine ?), tout est bien qui finit bien, et j'en passe.
Difficile en outre de trouver une portée "philosophique" à un propos de toutes façons fictif, n'ayant aucune incidence pour nous. En quoi une réflexion sur la nature de l'être humain peut-elle avoir le moindre sens si elle prend appui sur quelque chose qui n'existe pas, ces "réplicants" magico-technologiques ?
L'esthétique du film est le principal vecteur de réflexions et d'émotions, le reste en devient superflu, et c'est peut-être ce qu'il y a de mieux dans ce film.
Créée
le 22 août 2026
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