Ce film est assez atypique de part son scénario et son rythme. Pour l'histoire: un homme devient subitement aveugle alors qu'il est au volant de sa voiture. Ce n'est pas une cécité habituelle, puisque se ne sont pas les ténèbres qui l'enveloppent mais un brouillard laiteux. Le hic, c'est qu'il contamine toutes les personnes qui s'approchent de lui. Les autorités réagissent rapidement en enfermant les personnes atteintes dans une sorte de sanatorium. Une femme, mystérieusement immunisée, va se laisser enfermer avec son mari.
En lieu et place d'hôpital, cet endroit se révèle en réalité un mouroir surveillé de près par l'armée dont il est impossible de s'échapper. Et inévitablement, la comparaison avec les camps de concentration de la Seconde Guerre mondiale s'impose: saleté, manque de nourriture, instinct primaire de survie, gardes dépourvus d'humanité... Du frisson fantastique, on est doucement amenés à l'épouvante sociologique. La cruauté du dedans égale celle du dehors, la hiérarchie clanique et bestiale, les parallèles des Joy divisons: les victimes ne valent pas mieux que les bourreaux. Le tout baigné dans une atmosphère aux couleurs désaturées et de plans bien pensés pour suggérer la cécité.
Alors qu'on est persuadé que toute l'action va se dérouler en huit-clos, l'histoire nous entraîne également à l'extérieur, ce dehors qui est devenu au fil des semaines l'égal du dedans, permettant de brosser un deuxième portrait apocalyptique d'une société aveugle.
On regrettera la fin, de loin beaucoup moins travaillée que l'ensemble du film et, à mon goût, trop elliptique.