Quand dans sa promotion visant à me le faire acheter un film revendique comme influences le cinéma de Gaspar Noe ou Abel Ferrara, ma première réaction est de reposer le film sur les étagères de mon dealer. Je n'aime pas les films du premier mentionné, Climax a été une torture qui me file encore la chaire de poule et je trouve Irreversible surfait en tout, y compris dans son dispositif de montage inversé. Quant à Abel Ferrara il ne m'a jamais enthousiasmé.
Allez donc savoir pourquoi j'ai finalement décidé d'acquérir ce film ? Une forme d'instinct peut-être mais je ne regrette absolument pas mon achat impulsif.
J'ai adoré ce film ! Un ride halluciné punk, violent, sanglant, décomplexé. Dezzy artiste peintre en proie a une perte d'inspiration qui doit achever un tableau sensé être la pièce maîtresse de l'exposition que lui consacre la galerie d'art avec laquelle elle est sous contrat, se voit proposer une nouvelle drogue.
Cette drogue appelée "Diablo" - je vous le concède c'est le nom le plus con jamais inventé pour une drogue de synthèse - est définie comme un mélange entre DMT, puissant hallucinogène d'origine naturelle et de la cocaïne. Si à titre personnelle, je suis réfractaire à l'idée de mélanger les produits stupéfiants, je trouve même l'idée stupide et être le fruit de personnes qui ne savent pas pourquoi elles utilisent ces produits, quels effets elles recherchent ou de personnes qui ne comprennent pas comment fonctionnent les drogues sur l'organisme, mais passons sur ce détail.
Rapidement, Dezzy constate des épisodes hallucinés d'une rare intensité qui effectivement sont filmés d'une façon qui émule assez bien le type de ressenti qu'on a avec ce genre de produits, même si là on est selon moi plus proche d'un PCP sous amphétamines que du DMT entrecoupés de pertes de mémoires, véritables trous noirs. Des absences répétées et de plus en plus longues dont elle n'a aucun souvenirs mais après lesquelles elle constate que sa peinture avance.
Le film est aussi une plongée dans le milieu interlope de Los Angeles, un Los Angeles inhabituel très loin de l'image d'Epinal d'Hollywood. On est emmené dans les clubs punks de la ville et dans le milieu underground où pullulent artistes, performers et populations aux marges où Dezzy a ses repaires et ses contacts.
Elle y retrouve notamment sa pote Courtney et son sexfriend Ronnie qui peuvent évoquer le couple formé par Catherine Deneuve et David Bowie dans Les Predateurs mais dans un registre plus proche de l'adolescent en crise et si je cite ce film de vampires ce n'est pas innocent et juste là pour illustrer ma cinéphilie.
Car la drogue a pour effet pervers de transformer ses usagers en des espèces de vampires/cannibales hardcores ! Des monstres assoiffés de sang, en plein bad trip hallucinatoires, des êtres d'une violence totale, oubliez le vampire sensuel qui va vous planter ses canines dans un baiser alangui, non là il va vous déchiqueter les chaires, vous arracher les artères pour s'y abreuver tel un crack-head en manque.
Il est rare quand j'écris sur le cinéma dit de genre, et certains peuvent même penser que je suis passionné principalement par le cinéma d'auteur, terreau à des réflexions sur note société, mais j'aime aussi énormément les films radicaux, outranciers, insolent tant dans leurs formes que dans les envies qui ont présidées à leurs productions.
Filmé en pellicule avec une caméra 16mm l'ensemble jouit d'un grain fascinant, direction artistique forte et tout aussi over the top que le film lui même et les effets pratiques sont remarquables, une séquence de reconstitution de crane explosé en stop motion en particulier est stupéfiante et si comme moi, vous commencez à être irrité par l'usage systématique des CGI, il est bien agréable de voir à l'écran des effets spéciaux réalisés in situ.
Film réservé à un public averti mais si vous faites partie de ce public, foncez !