Avec Bloodline, Henry Jacobson livre une première œuvre clinique et esthétiquement très soignée, portée par un Seann William Scott méconnaissable. Loin de ses rôles comiques, l'acteur incarne Evan, un travailleur social qui bascule dans une dérive violente pour "protéger" les victimes qu'il accompagne. Si le point de départ rappelle inévitablement Dexter, le film s'en éloigne par une noirceur beaucoup plus radicale.
Une esthétique de la distance La grande force du film est sa réalisation. Jacobson, issu de la photographie, soigne chaque plan avec des lumières froides et des contrastes marqués. C’est un film beau à regarder, mais d'une froideur absolue. Cette distance volontaire empêche toute empathie immédiate pour ce père ; on observe simplement, presque comme un scientifique, la trajectoire d'un homme brisé.
Le véritable moteur : Le poids de la lignée Le film devient réellement captivant lorsqu'il explore la relation entre Evan et sa mère (incarnée par l'excellente Dale Dickey). C'est ici que se trouve le cœur du récit : une étude sur l'héritage psychologique et l'influence parfois dévastatrice des racines familiales. Parallèlement, le film esquisse une dynamique de couple intéressante, marquée par une peur profonde de la solitude, même si ce point aurait gagné à être davantage développé pour rendre le lien conjugal encore plus percutant.
Verdict C'est un premier film solide, très esthétique, mais dont la froideur chirurgicale pourra laisser du monde sur le carreau. En se focalisant sur la perversion de l'instinct protecteur, Jacobson signe une œuvre singulière sur la transmission du mal.