Il y a finalement une certaine logique à ce que Richard Linklater sorte coup sur coup, avec à peine quelques mois d’intervalle, Nouvelle Vague et Blue Moon. Le premier est une lettre d’amour au cinéma et au besoin d’innover dans l’art, tandis que le second fait du cinéma le médium pour aborder la psyché d’un artisan oublié et pourtant fondamental des musicals à l’américaine. Deux œuvres qui explorent ce qui pousse l’artiste à créer, le bon comme le mauvais.
On suit donc ici la figure de Lorenz Hart, parolier sur le déclin et prompt à la critique de ce qui n’est pas sien. Amer, alcoolique, à la fois aigri et enjoué par un public qu’il juge à la fois de moins en moins exigeant, ne se contentant plus que de banalités, tout en jalousant l’attention qu’il peut donner à ses collègues d’alors, en plein triomphe.
Une jalousie artistique couplée à un cynisme froid sur l’évolution artistique mainstream qui ne sont finalement que le masque d’une profonde dépression. Celle d’un homme dépassé par les changement fluctuants des goûts du public, incapable de s’adapter et ne souhaitant de toute façon pas le faire. Un homme frustré : par le succès d’autrui, par sa relégation à un rôle d’ami par celle qu’il aime, par son impossibilité de ne pas boire, par son incompréhension d’un genre humain qu’il jure pourtant avoir capté dans son entièreté. Il se ment.
Alors Hart use ses interlocuteurs dans un dispositif minimaliste et théâtral où barmen, auteurs et autres pianistes sont otages de sa verve. Il prend toute la place, tunnelise à tout va sans voie d’extraction, et pourtant, malgré une vacuité prépondérante, parvient à passionner par les élucubrations lyriques des errements de son esprit fertile.
Un imbuvable poète, campé par un Ethan Hawke méconnaissable, dont le caractère éreintant se verra in fine occulté par le rappel du succès phénoménal de son œuvre jusque là. Il est déjà éternel.