L'intention de départ n'était pas complètement désagréable : faire un huis clos resserré, laisser de l'air aux comédiens et mettre en lumière un type dépassé. Le problème, c'est que le film choisit de tout miser sur le dialogue. Absolument tout.
Et alors attention : on a le droit à des tirades interminables, des monologues qui se rapprochent dangereusement avec la pièce de théâtre captée. Why not, après tout. Sauf qu'en termes de rythme, ça cloche un peu : les conversations tournent en rond pendant trois plombs sans jamais faire avancer le bordel, ce côté théâtral très rigide ne fait que renforcer un sentiment d’immobilité, le récit fait du surplace.
C'est un film qui prétend parler d’art et de création, mais qui n'en traite en réalité qu'en surface, à coup de formules toutes faites et de positions intellectuelles un peu vaines.
Alors oui, laisser du champ aux acteurs et ne pas beaucoup découper, sur le principe, c’est une intention respectable. Mais ici, c’est trop léger pour accompagner la déchéance morale du personnage. La caméra attend sagement que les gens finissent de parler.
Au centre de tout ça, on a ce mec, un auteur nostalgique de sa propre gloire, complètement dépassé par son époque mais qui essaie désespérément de convaincre tout le monde (et surtout lui-même) qu'il est encore un grand créateur.
Là où le film trouve une petite dynamique amusante, c'est dans ce portrait : c'est quand même assez marrant de voir le seum intersidéral de ce (nain) musicien qui doit assister, impuissant, à la réussite insolente de son ancien pote dès l'instant exact où ils se sont séparés. On touche à quelque chose de très vrai sur l'égo d'artiste.
Le personnage principal est hypocrite, alcoolique et essaye d'embarquer son pote dans un nouveau projet, mais sans jamais se remettre en question sur son comportement toxique qui a causé leur fracture. Il veut le beurre, l'argent du beurre en plus.
Mais bon, la sous-intrigue avec sa femme vient tout plomber... La relation n'est absolument pas explorée, j’capte pas l’intérêt de cette dynamique, et pire que tout : on n'y croit pas une seule seconde. Le film essaie d'injecter du mélodrame là-dessus dans le dernier tiers, mais ça tombe complètement à plat parce que rien n'a été construit en amont.
C'est le genre de projet qui se regarde écouter parler, persuadé d'offrir une grande méditation sur l'art et l'amitié, alors qu'il n'offre pas grand chose à ses spectateurs. Ça se laisse regarder pour Hawke et sa relation d’artiste à artiste avec son pote, mais on va pas en faire tout un plat, à peine un dessert…
Ah oui et après avoir vu ce film je peux ordonner à Michael B.Jordan de rendre son Oscar, c’est la pire performance des 5 nominés.