Body Trash
4.9
Body Trash

Film de Philip Brophy (1993)

Même si le cinéma d’exploitation australien, aussi connu sous le nom de « Ozploitation », reprend du poil de la bête depuis le début des années 2000, avec des films tels que la saga des Wolf Creek, Undead, Wyrmwood, Primal, ou plus récemment Mad Max : Fury Road, il a connu ses heures de gloire dans les années 70 et 80. Leurs plus dignes représentants sont bien entendu les trois volets de la trilogie Mad Max de George Miller. Un cinéma souvent très cash, allant droit au but, cinématographiquement intéressant (malgré de belles bouses) mais malheureusement assez méconnu. Je vous conseille par ailleurs l’excellent documentaire de 2008 sur le sujet « Not Quite Hollywood: The Wild, Untold Story of Ozploitation! » pour ceux qui seraient curieux d’en savoir plus. Histoire de ne pas commencer par les classiques, et puisque l’horreur est un genre qui me parle, on va s’intéresser ici au cas de Body Melt, sorti chez nous sous le titre Body Trash. Une comédie satirico-horrifique qui a réussi à voir le jour grâce au succès un an plus tôt de Braindead de leurs voisins Néo-Zélandais. Body Melt se fait rapidement un petit nom en faisant le tour des festivals, régulièrement nominé dans les catégories meilleur montage, meilleur son, meilleurs costumes, et même meilleur film au Sitges Film Festival.


Body Melt est une sorte de satire de cette vie de banlieue, où les citoyens ne semblent avoir aucune motivation particulière à vivre mais qui font tout pour que leur vie dure le plus longtemps possible et en bonne santé. Ils vont devenir à leur insu les cochons d’inde d’une expérimentation de drogue visant à créer des super humains. Sauf que bien entendu, le dosage de ce produit n’étant pas correct, ceux qui en auront ingurgité volontairement ou involontairement vont en subir les effets secondaires quelques peu problématiques puisque, outre le fait de développer à l’intérieur de leur corps une forme de vie pas forcément amicale, leurs cellules humaines se liquéfieront sous différentes formes. Les films ayant pour élément déclencheur un produit entrainant des mutations diverses et (a)variées sur l’être humain sont nombreux, autant dire que le sujet a été déjà usé jusqu’à la moelle. Pourtant Body Melt possède une identité bien à lui, lui permettant de se détacher un peu de la masse. Il ne manque pourtant pas de clins d’œil et d’hommages à d’autres films d’horreur tels que Hidden (pour la créature capable de passer de corps en corps), Street Trash (les corps devenant liquide) ou encore Re-Animator (et d’autres). Mais avec son ambiance assez étrange, son côté très 80’s et ses moments parfois expérimentaux, le film nous expose sa personnalité propre. La mise en scène est d’ailleurs réussie, avec une photographie qui sort du lot avec ses filtres inattendus ou ses effets de style bien pensés. La musique électro, composée par le réalisateur lui-même, lui donne même parfois un petit côté psychédélique pas désagréable.


Body Melt n’est clairement pas à prendre au premier degré. L’humour est disséminé ci et là, à commencer par la galerie de personnages bien barrés (les hommes de main bodybuildés avec des voix de crécelles sont épiques). L’apothéose étant atteinte bien entendu avec cette famille de dégénérés congénitaux pas piqués des vers dont un des passe-temps favoris est de taquiner du kangourou afin d’en ingurgiter les glandes surrénales parce que ça fait planer. Il n’y a d’ailleurs pas réellement de personnage principal, de héros. On passe d’un petit groupe à l’autre, où tous les clichés sont représentés, avec pour seul fil conducteur le duo de policiers essayant de trouver l’origine de cette contamination peu ragoutante. Il faut dire que les effets spéciaux sont souvent bien craspecs. Même si les scènes gores sont au final peu nombreuses, elles sont très réussies et on les doit à l’équipe qui s’était déjà occupée, entres autres, de ceux de Braindead. Du gore à l’ancienne donc, souvent original avec des corps qui s’auto-détruisent de l’intérieur. Maquillages, animatronics, latex, le budget de la bobine a beau être minuscule, cela ne se ressent à aucun moment sur ce point-là. Ils sont d’ailleurs, à l’image du film, remplis d’un certain humour savamment distillé (le coup de la langue), à grand renfort de slime dégoulinant vert fluo (pour le final). A noter que le casting est à priori essentiellement composé d’acteurs de soap opéra australiens de l’époque, mais n’y connaissant absolument rien sur le sujet, je ne préfère pas m’étendre là-dessus.


Body Melt / Body Trash est une petite découverte sympathique qui, du haut de ses 1h19, passe toute seule et ravira les amateurs de comédies horrifiques saupoudrées d’effets gores réussis. Une bobine méconnu mais relativement fun.


Critique originale avec images et anecdotes : https://www.darksidereviews.com/film-body-melt-de-philip-brody-1993/

cherycok
6
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le 29 juin 2025

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cherycok

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