Je n'avais jamais entendu parler de Body Melt et pourtant on a clairement affaire à un digne héritier du body horror des années 80 débarqué en plein milieu des années 90. Une bobine dont les potards de l'outrance ont été poussés jusqu'à la rupture bien au-delà de toute zone rouge. C'est tellement généreux à tous les niveaux que n'importe quel amateur de bisserie décomplexée trouvera dans ces quatre-vingts minutes en roue libre de quoi satisfaire sa soif de régression picturale.
Redneck movie, horror movie, buddy movie, petite trame policière : tout est traité avec la même évidence, de manière frontale et satirique. Amis de la subtilité, passez votre chemin. Body Melt est à prendre au cinquantième degré sous peine de rendre les armes après vingt minutes passées en compagnie d'une galerie de personnages volontairement grossiers. Des archétypes ambulants qui incarnent à peu près tout ce que le citoyen moyen peut avoir de drolatique. Pour sûr que l'une des caricatures vous visera personnellement, et c'est tant mieux : tout le monde prend sa cartouche. Du père de famille obsédé par son jogging matinal au jeune couple plein d'espoir attendant son premier enfant, en passant par la jeune cadre aux dents longues, personne n'est épargné.
Le film s'intéresse particulièrement au culte de l'apparence et à la quête de la santé miracle. Plus que jamais, dans Body Melt, toute promesse de mieux-être s'accompagne d'une facture salée. Et quand vient le moment de régler l'addition, c'est double tarif immédiat.
Niveau mise en scène, c'est un véritable festival. Trash un jour, trash toujours : on est en présence d'un cousin australien déglingué du meilleur des productions Troma. Oui, ça sent le système D. Oui, tout est sacrifié sur l'autel de l'exagération. Mais à ce niveau d'engagement, personnellement, ça me fait la séance. Je suis ressorti de ce tour de manège avec un sourire jusqu'aux oreilles.
Alors bien sûr, j'ai commencé à faire un peu la moue à mi-parcours en comprenant qu'il ne fallait pas attendre davantage qu'un grand délire adolescent obsédé par l'outrage. J'aurais aimé que la narration suive la créativité des images et que la charge satirique accompagne davantage cette profession de foi déglinguée portée par une bande-son qui assume pleinement ses sonorités eighties, quitte à faire grincer des dents les réfractaires du style Jean-Michel Jarre atmosphérique — je regrette personnellement que mon prochain check up soit dans un an tant j'ai grincé des dents.
Mais il faut aussi savoir apprécier un film pour ce qu'il propose. Et des bobines de ce genre, il n'en sort plus tant que ça. Alors je me suis laissé porter, souriant comme un sale gosse devant chaque nouvelle idée absurde, attendant avec gourmandise la prochaine dégueulasserie.
De quoi en redemander, assurément.
Ça tombe bien, juin sera placé sous le signe des années 80. Je devrais pouvoir trouver quelques découvertes capables de satisfaire cet appétit retrouvé pour les bisseries qui s'assument.
ps: je ne serais pas étonné que Coralie Fargeat s'en soit inspirée pour The Substance.
Des images pour donner envie ici :)