Étant passé par des phases alternatives de rejet répulsif et d'approbation, je suis sorti curieusement partagé de la vision de ce film.


Le scénario est vraisemblable (c'est déjà un bon point). Le casting est hyper brillant et les acteurs incarnent parfaitement leurs personnages ; un bémol pour les actrices (il faut dire que Julianne Moore n'a jamais été ma tasse de thé).


La période dans laquelle se situe l'histoire (1960-1980) est plutôt bien décrite. C'était le temps de la libération sexuelle. Le sida n'avait pas encore fait son apparition (mais les IST existaient déjà évidemment).
On est dans la banlieue de Los Angeles ; le film décrit l'univers du cinéma porno de ces années-là et, plus précisément l'ascension et les désillusions d'un gentil et charmant jeune mec qui, parce que super bien armé sur le plan sexuel, devient l'acteur de prédilection d'un réalisateur de films X réputé, qui le métamorphose bientôt en une star supposément incontournable de cette particulière industrie.


Le cinéma a toujours eu, me semble-t-il, une propension à dévoiler les seins, voire la nudité féminine, tout en se montrant bizarrement prude sur l'exposition des avantages masculins. À ma connaissance, Boogie Nights est le premier film grand public dont l'argument tourne autour de ceux-ci. On y parle beaucoup, en effet, du sexe exceptionnel du jeune Eddie, rebaptisé Dirk Diggler (Dirk évoquant "dick", bitte en anglais et Diggler évoquant "digger", c'est à dire : le creuseur, perceur, fouilleur). De son magnifique joujou, on apprend, dès le début du film, qu'il en monnaye la vision (en érection simple : 5 $ ; jusqu'à éjaculation : 10 $). Dès que le réalisateur (excellent Burt Reynolds) le présente au producteur de ses films pour adultes, celui-ci demande d'emblée à voir l'engin et le jeune acteur porno s'exécute sur le champ, sans gêne particulière. Les spectateurs de Boggie Nights, eux, ne voient rien. Et Paul Thomas Anderson maintient habilement le suspense chaque fois que Eddie / Dirk Diggler paie de sa personne et exploite son avantage. Ce n'est qu'au tout dernier plan du film que le voyeurisme du spectateur est assouvi (encore qu'il lui reste à imaginer le sexe de l'acteur dans toute sa gloire).


Ni le thème porno ni l'aspect sexuel des choses ne m'ont gêné dans le film, parce que l'acte n'y est pas montré de façon glauque, mais est plutôt contemplé par le réalisateur du porno et ses techniciens avec un flegme professionnel teinté d'intérêt artistique (ou, pour Scotty, amoureux).


Ce que je n'ai pas aimé, c'est quand le sexe est associé à la drogue. Et notamment l'initiation à la cocaïne qu'impose Maggie "Amber Waves" (Julianne Moore) à son jeune partenaire (qui n'a encore que 17 / 18 ans), lequel évidemment va devenir accro à la cocaïne et donc perdre de sa puissance sexuelle (puisqu'on sait que la drogue diminue, voire éteint l'érection). On imagine bien que les choses peuvent se passer comme ça dans la vraie vie et... ça m'a hérissé le poil.


Par contre, certains aspects ou péripéties du film m'ont semblé très bien vus, comme par exemple le personnage de Scotty (et l'étonnante composition qu'en fait Philip Seymour Hoffman), ou le traquenard dans lequel tombe Eddie / Dirk quand, arrivé aux dernières extrémités, il en est réduit à tapiner pour survivre.


Les hauts et bas du "héros" (incarné par Mark Wahlberg au sommet de son charme physique et que j'ai trouvé convaincant dans le rôle) et d'autres personnages du milieu décrit manifestent une grande richesse d'invention de la part du scénariste-réalisateur (je pense notamment à cette assez longue mésaventure ubuesque dans laquelle Eddie / Dirk se laisse entraîner, vers la fin du film), tout en cachant assez peu de choses des difficultés du métier d'acteur porno.


Il faut aussi remarquer que les femmes n'ont pas la meilleure part dans le film. Elles sont quasiment toutes présentées comme des écervelées, des irresponsables, des hystériques, pour ne pas dire des salopes. Le film est clairement machiste... comme doit l'être le monde du cinéma porno et, d'ailleurs, du cinéma en général.


Conclusion. Boogie Nights est à la fois divertissant, révoltant et instructif. C'est, malgré quelques réserves, un (presque très) bon film qui mérite d'être vu.

Créée

le 21 avr. 2020

Critique lue 570 fois

Fleming

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8
5

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