Sunset Boulevard est un film vénéré par la critique, et indéniablement maîtrisé sur le plan formel : la photographie en noir et blanc est superbe, les décors gothiques participent efficacement à l’atmosphère de déclin, et Billy Wilder parvient à capter une certaine mélancolie de l’âge d’or hollywoodien. Mais malgré toutes ces qualités techniques et symboliques, le film m’a laissé de marbre.
Son plus grand défaut à mes yeux reste la construction dramatique, lente. L'idée de base du scénario (un scénariste désabusé qui se laisse tenter par le piège "doré" tendu par une vieille star déchue du muet) aurait pu être puissante, mais le récit peine à justifier la relation toxique entre les deux personnages. Le rapport de domination qu’entretient Norma sur Joe repose sur une logique bancale : l'argent.
Ni la séduction, ni le chantage émotionnel ne sont crédibles à long terme. Le personnage masculin reste passif, ses réactions manquent de crédibilité (hors fin), et devient un simple outil scénaristique pour faire exister le portrait tragique de Norma.
Quant à cette dernière, si Gloria Swanson incarne avec intensité cette icône du passé, son jeu théâtral forcé (très marqué par le muet avec la référence à Chaplin) tire le film vers une forme de performance gênante, où l’émotion tourne trop souvent au surjeu. La frontière entre drame psychologique et théâtre grotesque est souvent franchie, au détriment de la finesse.
Enfin, le scénario manque cruellement de tension : on devine très tôt la trajectoire tragique du récit (c'est un choix artistique certes mais dérangeant), et aucune tension ne vient en troubler le déroulement. Tout semble fonctionner sur des rails, jusqu’à une fin certes marquante, mais attendue.
Un film culte, oui, mais dont le pouvoir narratif et émotionnel s’est considérablement affaibli avec le temps. Plus fascinant en tant qu’objet d'histoire cinématographique qu’en tant qu’expérience de spectateur.