Sunset Boulevard est un film vénéré par la critique, et indéniablement maîtrisé sur le plan formel : la photographie en noir et blanc est superbe, les décors gothiques participent efficacement à l’atmosphère de déclin, et Billy Wilder parvient à capter une certaine mélancolie de l’âge d’or hollywoodien. Mais malgré toutes ces qualités techniques et symboliques, le film m’a laissé de marbre.

Son plus grand défaut à mes yeux reste la construction dramatique, lente. L'idée de base du scénario (un scénariste désabusé qui se laisse tenter par le piège "doré" tendu par une vieille star déchue du muet) aurait pu être puissante, mais le récit peine à justifier la relation toxique entre les deux personnages. Le rapport de domination qu’entretient Norma sur Joe repose sur une logique bancale : l'argent.

Ni la séduction, ni le chantage émotionnel ne sont crédibles à long terme. Le personnage masculin reste passif, ses réactions manquent de crédibilité (hors fin), et devient un simple outil scénaristique pour faire exister le portrait tragique de Norma.

Quant à cette dernière, si Gloria Swanson incarne avec intensité cette icône du passé, son jeu théâtral forcé (très marqué par le muet avec la référence à Chaplin) tire le film vers une forme de performance gênante, où l’émotion tourne trop souvent au surjeu. La frontière entre drame psychologique et théâtre grotesque est souvent franchie, au détriment de la finesse.

Enfin, le scénario manque cruellement de tension : on devine très tôt la trajectoire tragique du récit (c'est un choix artistique certes mais dérangeant), et aucune tension ne vient en troubler le déroulement. Tout semble fonctionner sur des rails, jusqu’à une fin certes marquante, mais attendue.

Un film culte, oui, mais dont le pouvoir narratif et émotionnel s’est considérablement affaibli avec le temps. Plus fascinant en tant qu’objet d'histoire cinématographique qu’en tant qu’expérience de spectateur.

iDimi
5
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste Les films les plus surcôtés

Créée

le 29 juil. 2025

Critique lue 24 fois

iDimi

Écrit par

Critique lue 24 fois

D'autres avis sur Boulevard du crépuscule

Boulevard du crépuscule

Boulevard du crépuscule

9

Docteur_Jivago

1444 critiques

Le crépuscule Hollywoodien

Boulevard du Crépuscule est une immense œuvre intemporel où Billy Wilder capture le crépuscule d’Hollywood, ce monde qui broie ceux qu’il a portés au sommet. Dès 1950, il dépeint un univers où les...

le 13 avr. 2014

Boulevard du crépuscule

Boulevard du crépuscule

10

DjeeVanCleef

401 critiques

La voix de l'oubli

Juste pour dire... Le conte macabre de Billy Wilder exerce sur moi une fascination quasi masturbatoire. Il me tend, il m'habite, j'en suis tout secoué rien que d'y penser. Et quand je le vois, Dieu...

le 16 janv. 2017

Boulevard du crépuscule

Boulevard du crépuscule

8

Sergent_Pepper

3175 critiques

Muse : your illusion.

Puisque le film noir est une production purement hollywoodienne, il semble logique, voire légitime, de le voir un jour prendre sa propre industrie pour sujet. Après s’être frotté au genre dans les...

le 8 janv. 2023

Du même critique

American Beauty

American Beauty

6

iDimi

10 critiques

American Beauty, L’éveil arrive. Mais trop tard.

Premier long métrage de Sam Mendes, American Beauty impose immédiatement une grammaire visuelle précise, presque trop propre. Chaque cadre est maîtrisé, chaque symbole est chargé (parfois à l’excès,...

le 23 juil. 2025

Minecraft, le film

Minecraft, le film

3

iDimi

10 critiques

Minecraft, dérive totale de l'un des meilleurs jeu au monde.

Le film Minecraft semble avoir été conçu exclusivement pour des enfants de 7 ans. L’histoire est plate, inintéressante, sans profondeur. Les personnages sont caricaturaux, mal écrits, pas crédibles,...

le 6 avr. 2025

Reservoir Dogs

Reservoir Dogs

5

iDimi

10 critiques

Reservoir Dogs, Film culte, oui, mais que je n’ai jamais réussi à aimer

Reservoir Dogs est un film que je respecte profondément, mais que je n’arrive pas à aimer. C’est peut-être là tout le paradoxe de mes rapports avec le "premier Tarantino", une admiration indéniable...

le 31 juil. 2025