Un scénariste en galère se retrouve poursuivi par les huissiers. Il fait moins son malin le journaliste qui s'est subitement pris pour l'élu d'Hollywood. Les films qu'il avait écrits jusqu'à présent ne respiraient pas le chef d'oeuvre, et le voilà maintenant sur le fil rouge, allant jusqu'à élaborer un plan pour rentrer chez lui et assumer son cuisant échec devant ses collègues moqueurs et bien contents de voir un prétentieux se trouer.
Mais à la suite d'une course-poursuite avec ces chiens d'huissiers, il tombe sur une vieille demeure, habitée par une ancienne grande star du cinéma muet persuadée d'avoir écrit un film génial pour se relancer et revoir son joli minois devant des caméras, et son esclave de valet à l'accent indéterminé. Il va ainsi profiter de la faiblesse de cette vieille peau périmée pour survivre dans la jungle du monde du cinéma. Entre temps, il tombe amoureux de la copine de son meilleur ami, ben bravo...


Les dialogues sont excellents, surtout le texte de la voix-off, plein de lucidité et d'auto-dérision, comme si le personnage principal avait eu le temps de prendre du recul par rapport à cette histoire grotesque. On a droit a de belles interventions de grandes stars du cinéma de l'époque en tant qu'elles-mêmes : Cecil B. DeMille et Buster Keaton dans un moindre rôle, à qui on donnera brièvement la parole au cours d'une partie de bridge pas franchement passionnante.


L'humiliation est récurrente chez les personnages : le scénariste est au chevet de la vieille peau, fait tout ce qu'elle demande et se voit contraint d'accepter des cadeaux tous les jours "oh vous êtes vraiment habillés comme un plouc, chauffeur, direction les galeries Lafayette, je vais le saper comme jamais, vous allez voir". De son côté, la vieille peau, qui reste la personne la plus humiliée dans l'histoire, ne se rend jamais compte de sa situation. Toujours persuadée d'être adulée par des millions de personnes, elle refusera la vérité à chaque moment "mais non, ces gens m'aiment, ils m'adorent, ils seraient prêts à tout pour moi, je suis si belle" si bien qu'elle est persuadée que Cecil B. DeMille tient à réaliser son film pourri alors qu'il le trouve à chier, comme tout le monde.


Critique du star system, ce film nous montre des vedettes du grand écran coupées de la réalité. La vieille peau (qui n'a que 50 ans en fait, mais pour le cinéma de l'époque, la date de péremption est déjà dépassée depuis un moment) ne peut plus vivre sans l'illusion d'être une icône, "la plus grande star du monde". Et le mensonge de la profession n'arrange rien puisque Cecil B. DeMille lui-même n'osera jamais la contredire, malgré son mépris pour son scénario. Elle est incapable de revoir la réalité, isolée dans sa grande villa inanimée avec son valet qui ne cesse de la couvrir de louanges, elle menace d'ailleurs de se suicider à chaque fois que son rêve lui échappe.


La photographie et la musique sont parfaites et les acteurs jouent comme des rois. La performance de Gloria Swanson est impressionnante, complètement tarée celle-là, on la croit très facilement lorsqu'elle dit dans le film qu'au cinéma les paroles ne servent à rien, que les acteurs peuvent tout exprimer avec leurs yeux, le talent de cette actrice en est une nette démonstration.


Je ne vois aucun défaut à ce film, tout est parfait, surtout dans l'écriture. A force d'être repris, copiés, modifiés, exagérés, les films des années 50 paraissent originaux aujourd'hui. Billy Wilder avait tout compris, son histoire est très prenante, surtout avec son style de narration, et ça fait toujours plaisir de voir un film qui parle de cinéma, une mise en abîme très amusante du studio Paramount. Wilder aime les vices de l'Homme et en intègre dans chacun de ses personnages qui paraissent forcément très humains, plus proches des spectateurs, l'auto-dérision est omniprésente dans sa filmographie, ce qui lui donne un côté très moderne.

latuile
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le 1 nov. 2016

Critique lue 214 fois

Franky Latuile

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